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LES HIRONDELLES. — SOUVENIR D'ENFANCE

Nous recrûmes à bord trois nouveaux passagers, deux bergeronnettes et une hirondelle. Je ne sais ce qui avait pu engager les premières à quitter les troupeaux; quant à la dernière, elle allait peut-être en Syrie, et elle venait peut-être de France. J'étais bien tenté de lui demander des nouvelles de ce toit paternel que j'avais quitté depuis si longtemps. Je me rappelle que dans mon enfance je passais des heures entières à voir, avec je ne sais quel plaisir triste, voltiger les hirondelles en automne : un secret instinct me disait que je serais

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voyageur comme ces oiseaux. Ils se réunissaient, à la fin (lu mois de septembre, dans les joncs d'un grand étang : là, poussant des cris et exécutant mille évolutions sur les eaux, ils semblaient essayer leurs ailes et se préparer à de longs pèlerinages. Pourquoi de tous les souvenirs de l'existence, préférons-nous ceux qui remontent vers notre berceau? Les jouissances de l'amour-proprc. les illusions de la jeunesse ne se présentent point avec charme à la mémoire : nous y trouvons au contraire de laridilé ou de l'amertume; mais les plus petites circonstances réveillent au fond du cœur les émotions du premier âge, et toujours avec un attrait nouveau. Au l>ord des lacs de l'Amérique, dans un désert inconnu (|ui ne raconte rien au voyageur, dans une terre qui n'a jjour elle que la grandeur de sa solitude, une hirondelle suffisait pour me retracer les scènes des premiers jours de nia vie, comme elle me les a rappelées sur la mer de Syrie, à la vue d'une terre antique, retentissante de la voix des siècles et des traditions de l'histoire*.

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