GENIE DU CHRISTIANISME
(V'arianles de l'édition de Londres).
Bientôt la nuit sortit de l'orient et la solitude sembla faire silence jiour admirer la pompe céleste.
La lune monta peu à peu au zénith du ciel ; tantôt elle re|>osait sur lin groupe de nues, (|ui ressemblait à la cime des bautes montagnes couronnées de neiges, taidàt elle s' enveloppait dans ces mêmes nues, qui se déroulaient en zones diaplianes de satin blanc, ou se transformaient en légers lloeons
" GENIK, DU CIIUISTIANISME >
(Texte définitif de I8119).
l'nc heure après le coucher du soleil, la lune se montra au-dessus des arbre s à r horizon opposé.
Une brise embaumée, que cette reine des nuits amenait de l'orient ain'c elle, semblait la précéder dans les forêts comme sa fraîche haleine. L'astre solitaire monta peu à peu dans le ciel : tantôt il suivait paisiblement sa course azurée; tantôt il reposait sur des groupes de nues qui res-
ESSAI SI l; I.KS l'.KVdl.lTlD.NS. 5.'
nrcs (le nciii'cs; peu à peu ces luics s'allong'caienl, so ilrroulaicnt eu zones dia[ilianes ot ondiilousos de satin blanc, ou se translbruiaieut eu légers llocons d'écume, «■n innombrables troupeaux errants dans les plaines tileues du firmament. Une autre fois, la voûte aérienne paraissait cbang'ée en une grève où l'on distinguait les couches horizontales, les rides parallèles tracées comme par le llux et le retlux régulier de la mer : une bouftëe de vent venait encore déchirer le voile, et partout se formaient dans les cieux de grands bancs d'une ouate éblouissante de blancheur, si doux à l'œil, qu'on croyait ressentir leur mollesse et leur élasticité. La scène sur la lerre n'était pas moins ravissante : le jour céruséen et velouté de la lune flottait silencieusement sur la cime des forêts, et, descendant dans les intervalles des arbres, poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur
d'écume . Quelquefois un voile un il'orme s'étendait sur la voùtiazurée; mais soudain une bouffée de vent déchirant ce réseau, on voyait se former dans les rieiix (les bancs d'une ouate éblouissante de blanclieur, si doux à l'œil, qu'on rroyait ressentir leur mollesse et leur élasticité.
La scène sur la terre n'était pas moins ravissante : le jour bleuâtre et velouté de la lune flottait silencieusement sur la cime des forêts.
descendait dans les intervalles des arbres, et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres; une rivière qui coulait devant nos huttes tantôt se perdait dans les bois, tantôt reparaissait brillante des constellations de la nuit qu'elle répétait dans son sein. De l'autre cûlé de
semblaient à la cime de hautes montagnes couronnées de neige.
Ces nues ployant et déployant leurs voiles, se déroulaient en zones diaphanes de satin blanc, se dispersaient en légers flocons d'écume, ou formaient dans les cieux des bancs d'une ouate éblouissante, si doux à l'œil qu'on croyait ressentir leur mollesse et leur élaslicité.
La scène sur la terre n'était pas moins ravissante ; le jour bleuâtre et velouté de la lune descendait dans les intervalles des arbres, et poussait des gerbes de lumière jusque dans l'épaisseur des plus profondes ténèbres. La rivière qui coulait à mes pieds lotir à tour se perdait dans le bois, tour à tour reparaissait brillante des constellations de la nuit qu'elle répétait dans s(in >ein. Dans une savane, de l'autre ciilé de la rivière, la clarté
:)i CHATEAUBIUAND.
(les plus profondes ténèbres. L'étroit ruisseau qui coulait il mes pieds, s'enfonçant tour à tour sous des fourrés de chênes-saules et d'arbres à sucre, et reparaissant un peu plus loin dans des clairières tout brillant des constellations de la nuit, ressemblait à un ruban de moire et (Fazur, semé de crachats de diamants, et coupé transversalement de bandes noires. De l'autre côté de la rivière, dans une vaste prairie naturelle, la clarté de la lune dormait sans mouvement ^sur les gazons où elle était étendue comme des toiles. Des bouleaux dispersés çà et là dans la savane, tantôt, selon le caprice des brises, se confondaient avec le sol en s'enveloppant de gazes pâles, tantôt se détachaient du fond de craie en se couvrant d'obscurité, et formant comme des îles d'ombres tlottanfes sur une mer immobile de lumière. Auprès, fout était silence et repos, hors la chute de quelques!
celte rivière, dans une vaste prairie naturelle, la clarté de la lune dormait sans mouvement sur les irazons; des bouleaux agités par les lirises et dispersés cà et là dans la savane formaient des iles d'ombres tlottantes sur une mer immobile de lumière. Auprès tout était silence l't repos, hors la chute de quelques l'euilles, le passage brusque d'un vent subit, les gémissements rares et interrompus de la hulotte ; mais au loin, par intervalles, on entendait les roulements solennels de la cataracte de Niagara, qui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires.
La grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau, ne sauraient s'exprimer dans les langues humaines ; les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. En vain, au milieu de nos
de la lune dormait sans mouvement sur les gazons : des bouleaux agités par les brises et dispersés çà et là, formaient des iles d'ombres flottantes sur celte mer immobile de lumière. Auprès, tout aurait été silence et repos, sans la chute de quelques feuilles, le passage d'un vent subit, le gémissement de la hulotte; au loin, par intervalles, on entendait les soio'ds géinissemcnts de la cataracte de iNiagara, (jui, dans le calme de la nuit, se prolongeaient de désert en désert, et expiraient à travers les forêts solitaires.
La grandeur, l'étonnante mélancolie de ce tableau ne sauraient s'exprimer dans les langues humaines ; les plus belles nuits en Europe ne peuvent en donner une idée. En vain dans nos champs
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(V'uilles, le passage brusque d'un vi'iit subit, les u(''niisscinents rares e|, inlerroni]uis (h' la bubj(t<'; mais au loin, par intervalle, on entendait les rouirments solennels de la cataracte de Niap'ara, (|ui, dans le calme de lu nuit, se prolongeaient de (b?sert en di'-sert, et expiraient à travers les forêts solitaires.
i-liamps ciiltivi's, rininginntion cliPi- rullivr's rim.-Éiîiiiatiuii eherclie à s'i''-
i-lic à s'i'leiidrp, elle rencontre lU- tendre; elle rencontre de tonte*
toutes part* les lialiitations des parts les iiahitations des hommes ;
hommes; mais dans ces pays d<'- mais dans ces régions sauvaiii'.-<
xerls l'àme se plait à s'enfoncer, // l'âme se |ilaît à s'enfoncer dans un
.se pej'dce dans un océan de forêts ; océan de forêts, à planer sur le
'■lie aime, à la rlarlc des étoiles, gouffre des cataractes, à méditer
d errer aux hords des \acs iinmen- au hord des lacs et des fleuves, et,
A"s, à planer sur le gouffre des en- pour ainsi dire, d se trouver seule
laraetes, « tomber avec la masse devant Dieu, des ondes, et pour ainsi dire à se mêler, à se fondre avec torde cette nature sublime.
LES NATCHEZ (l789-l82Gi
NOTICE
Les Natrliez- iiOiit ])aru ])<pui' la première lois ([uen 1820, coninie le l'oijage en Amérique, dans l'édition des Œuvres rntnpU'tes de L'Iinleauhrinml donnée par le lihraire Ladvocal. Mais ils faisaient jiarlie, cnninie le Voijaijc en Amérique, d'un inanuscfit dont la rédaction, ainsi qu'on l'a dit ci-dessus, remontait auv envii-ons de ]7',)8 ou 1799. C'est ce ([u'on devinerait aisément, si d'ailleurs on ne le savait par les déclarations de Cliateauliriand. Kn ellet, dans le cadre d'un poème en prose — où il se pourrait que l'on retrouvât (jnelque souvenir lies [tiens de Marmonlel et ilc la poétique du xviir siècle, — Chateaubriand y a fait entrer toute la luvuriance de son style de jeunesse et déjà résonner les accents de la mélancolie passionnée de Hené.