I.K (iKNlK 1)1 CIIIUSTIANISME. (t'.l
atlVeux déluge a ravagé la Uîitc. En ce temps-là, la race luimaino fut presque anéantie; toutes les querelles des nations finirent, toutes les révolutions cessèrent. Rois, peuples, armées ennemies suspendirent leurs haines sanglantes et s'embrassèrent, saisis d"une mortelle frayeur. Les temples se remplirent de suppliants, qui avaient peut-être renié la Divinité toute leur vie : mais la Divinité les renia à son tour, et bientôt on annonça que l'Océan tout entier était aussi à la porte des temples. Kn vain les mères se sauvèrent avec leurs enfants sur les sommets des montagnes; en vain les amis disputèrent aux ours effrayés la cime des chênes; l'oiseau uièuie, chassé de branche en branche par le flot toujours croissant, fatigua inutilement ses ailes sur des plaines d'eau sans rivages. Le soleil, qui n'éclairait plus que la mort au travers des nues livides, se montrait terne et violet comme un énorme cadavre noyé dans les cieux; les volcans s'éteignirent en vomissant de tumultueuses fumées, et l'un des quatre éléments, le feu, périt avec la lumière.
Ce fut alors que le monde se couvrit d'horribles ombres, d'oii sortaient d'efîVayantes clameurs; ce fut alors qu'au milieu des humides ténèbres le reste des êtres vivants, le tigre et l'agneau, l'aigle et la colombe, ]o reptile et l'insecte, l'homme et la femme, gagnèrent tous ensemble la roche la plus escarpée du globe : rOcéan les y suivit, et, soulevant autour d'eux sa menaçante immensité, fit disparaître sous ses solitudes orageuses le dernier point de la terre.
Dieu, ayant accompli sa vengeance, dit aux mers de rentrer dans l'abime; mais il voulut imprimer sur le globe des traces éternelles de son courroux; les dépouilles de l'éléphant des Indes s'entassèrent dans les régions de la Sibérie; les coquillages magellaniques vinrent s'enfouir dans les carrières de la France; des
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l);infs tMiliors do corps mariii>^ s';inrlt'roiil, au sommet lies Alpes, du Taurus et des ( lordilières. et ces montagnes elles-mêmes furent les monuments que Dieu laissa dans les trois mondes pour marquer son triomphe sur les impies, comme un monarque plante un trophée dans le champ où il a défait ses ennemis.
Dieu ne se contenta pas de ces attestations générales de sa colère passée : sachant combien Thomnie perd aisément la mémoire du malheur, il en multiplia les souvenirs dans sa demeure. Le soleil n'eut |ilus pour Irùne au matin, et pour lit au soir, que Télément humide, où il sembla s'éteindre tous les jours, ainsi qu'aux temps du déluge. Souvent les nuages du ciel imitèrent des vagues amoncelées, des sables ou des écueils blanchissants. Sur la terre, les rochers laissèrent tomber des cataractes : la lumière de la lune, les vapeurs blanches du soir, couvrirent quelquefois les vallées des apparences d'une nappe d'eau : il naquit dans les 1-ieux les plus arides des arbres dont les branches affaissées pendirent pesamment vers la terre, comme si elles sortaient encore toutes trempées du sein des ondes; deux fois par jour la mer reçut ordre de se lever de nouveau dans son lit, et d'envahir ses grèves; les antres des montagnes conservèrent de sourds bourdonnements et des voix lugubres ; la cime des bois présenta l'image d'une mer roulante, et l'Océan sembla avoir laissé des bruits dans les profondeurs des forêts.