XIV. - A M. LE MARÉCHAL DE LUXEMBOURG
Motiers, le 28 jaiivirr 170.'.
Il faut, monsieur le maréchal , avoir du courage pour <lé(!rire eu cette saison le lieu (pie j'habite. Des cascades, "les glaces, des rochers nus, des sapins noirs couverts (!<• iH'iL'c. <onf 1»'^ «»l»j«>ls dont j«' suis entouré; e( à l'image de
1. Du Conlrut social, i\onl Hcy l'iiail d'achever l'irnprcssiuii.
i. Il s'ajîissail <I»î faire tolérer l'introducUoii de l'uuvrago en
5. Les écrivains du temps, notununenl Voltaire, n'ont pas toujours rendu si bonne justice au sincèrt! libéralisme de .M. do .Maies-
France. ' herlies.
l'hiver le pays ajoutant l'aspect de l'aridité ne promet, à le voir, qu'une description fort triste. Aussi a-t~il l'air assez nu en toute saison, mais il est presque effrayant dans celle-ci. II faut donc vous le représenter comme je l'ai trouvé en y arrivant, et non comme je le vois aujourd'hui, sans quoi l'intérêt que vous prenez à moi m'empêcherait de vous en rien dire.
Figurez-vous donc un vallon d'une bonne àemi-lieue de large, et d'environ deux lieues de long, au milieu duquel passe une petite rivière appelée luReuss^ dans la direction du nord-ouest au sud-est. Ce vallon, formé par deux chaînes de montagnes qui sont des branches du mont Jura et qui se resserrent par les deux bouts, reste pourtant assez ouvert pour laisser voir au loin ses prolongements, lesquels, divisés en rameaux par les bras des montagnes, offrent plusieurs belles perspectives. Ce vallon, appelé le Val-de-Travers, du nom d'un village qui est à son extrémité orientale, est garni de quatre ou cinq autres villages à peu de distance les uns des autres. Celui de Motiers, qui forme le milieu, est dominé par un vieux château désert, dont le voisinage et la situation solitaire et sauvage m'attirent souvent dans mes promenades du matin, d'autant plus que je puis sortir de ce côté par une porte de derrière sans passer par la rue ni devant aucune maison. On dit que les bois et les rochers qui environnent ce château sont fort remplis de vipères; cependant, ayant beaucoup parcouru tous les environs, et m'étant assis à toutes sortes de places, je n'en ai point vu jusqu'ici.
Outre ces villages, on voit vers le bas des montagnes plusieurs maisons éparses, qu'on appelle des prises, dans lesquelles on tient des bestiaux, et dont plusieurs sont