Des prix de force ou de «ilesse, cela s'entend
KMILE Oi: DE L'ÉDUCATION.
l'aiilre. En acquérant toute la raison de son âge, il a été iieureux et libre autant que sa constitution lui permettait (le l'être. Si la tïitale faux vient moissonner en lui la fleur (le nos espérances, nous n'aurons point à pleurer à la fois sa vie et sa mort, nous n'aigrirons point nos douleurs du souvenir de celles que nous lui aurons causées ; nous nous (lirons : « Au moins il a joui de son enfance; nous ne lui avons rien fait perdre de ce que la nature lui avait donné. » Le grand inconvénient de cette première éducation est ([u'elle n'est sensible qu'aux hommes clairvoyants, et que, dans un enfant élevé avec tant de soin, des yeux vulgaires ne voient qu'un polisson* Un précepteur songe à son intérêt plus qu'à celui de son disciple; il s'attache à prouver ([u'il ne perd pas son temps, et qu'il gagne bien l'argent (|u'on lui doiuie : il le pourvoit d'un acquis de facile étalage t't (pi'on i»uisse montrer quand on veut; il n'importe que ( •' (pi'il lui apprend soit utile, pourvu qu'il se voie aisément. Il accumule sans choix, sans discernement, cent fatras dans sa mémoire. Quand il s'agit d'examiner l'enfant, on lui fait déployer sa marchandise, il l'étalé, on est content, puis il replie son ballot et s'en va. Mon élève n'est pas si riche, il n'a point de ballot à déployer, il n'a rien à montrer que lui-même.
(Livre H.)
1. Non certes; C(^t Emile est des plus aimables, mais entretenu, sur iDUtcs les notious morales, dans une Ignorance qui lui serait désas-
treuse s'il se frottait à ses semblables, s'il vivait seulement dons sa famille. C'est une figure de roman.