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LES CONTEMPLATIONS

Elle ne mangeait pas, sa vie était sa fièvre;

Elle ne répondait à personne; sa lèvre

Tremblait; on l'entendait avec un morne effroi,

Qui disait à voix basse à quelqu'un: Rends-le-moi!

Et le médecin dit au père: — Il faut distraire

Ce cœur triste, et donner à l'enfant mort un frère. —

Le temps passa; les jours, les semaines, les mois.

Elle se sentit mère une seconde fois.

Devant le berceau froid de son ange éphémère,

Se rappelant l'accent dont il disait: — ma mère, —

Elle songeait, muette, assise sur son lit.

Le jour où, tout à coup, dans son flanc tressaillit

L'être inconnu promis à notre aube mortelle,

Elle pâlit. — Quel est cet étranger? dit-elle.

Puis elle cria, sombre et tombant à genoux :

— Non, non, je ne veux pas! non! tu serais jaloux! 0 mon doux endormi, toi que la terre glace,

Tu dirais: On m'oublie; un autre a pris ma place; Ma mère l'aime, et rit; elle le trouve beau, Elle l'embrasse, et, moi, je suis dans mon tombeau! - Non, nonl —

Ainsi pleurait cette douleur profonde.

Le jour vint, elle mit un autre enfant au monde, Et le père joyeux cria : C'est un garçon. Mais le père était seul joyeux dans la maison ; La mère restait morne, et la pale accouchée, Sur l'ancien souvenir tout entière penchée, Rêvait ; on lui porta l'enfant sur un coussin ; Elle se laissa faire et lui donna le sein ; Et tout à coup, pendant que, farouche, accablée, Pensant au fils nouveau moins qu'à l'àme envolée, Hélas ! et songeant moins aux langes qu'au linceul, Elle disait : Cet ange en son sépulcre est seul !

— 0 doux miracle ! ô mère au bonheur revenue ! — Elle entendit, avec une voix bien connue,

Le nouveau-né parler dans l'ombre entre ses bras, Et tout bas murmurer : C'est moi. Ne le dis pas.

Août 1843.

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