LA CHANSON DES AVENTURIERS DE LA MER
A Palma, pour suivre Pescaire, Huit nous quittèrent tour à tour; Mais cela ne nous troubla guère; On ne s'arrêta pas un jour.
Devant A'ger on fit la guerre, A Gibraltar on fit l'amour.
A nous dix, nous prîmes la ville; — Et le roi lui-môme! — Après quoi, Maîtres du porf, maîtres de l'île, Ne sachant qu'en faire, ma foi, D'une manière très civile, Nous rendîmes la ville au roi.
On fit ducs et grands de Castille
Mes neuf compagnons de bonheur,
Qui s'en allèrent à Séville
Épouser des dames d'honneur.
Le roi me dit : « — Veux- tu ma fille? »
Et je lui dis : « — Merci, seigneur !
« J'ai, là-bas, où de^ flots sans nombre
Mugir-sent dans les nuits d'hiver,
Ma bêle farouche à l'œil sombre,
Au sourire charmant et fier,
Qui, tous les soirs, chantant dans l'ombre,
Vient m'attendre au bord de la mer.
« J'ai ma Faënzetle à Fiesone.
C'e^t là que mon cœur est resté.
Le vent fraîchit, la mer frissonne, Je m'en retourne, en vérité !
0 roi! ta fille a la couronne, Mais Faè'nzette a la beauté! »
En partant du golfe d'Otrante,
Nous étions trente; Mais, en arrivant à Cadix,
Nous étions dix.