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LA PITIÉ SUPRÊME

Jean Huss était lié sur la pile de bois;

Le feu partout sous lui pétillait à la fois;

Jean Huss vit s'approcher le bourreau de la ville,

La face monstrueuse, épouvantable et vile,

L'exécuteur, l'esclave iufàme, atroce, fort,

Sanglant, maître de l'œuvre obscure de la mort,

L'affreux passant vers qui les vers lèvent la tète,

Le tueur qui jamais ne compte et ne s'arrête,

Le cheval a\euglé du cabestan des lois;

Toute la ville était sur les seuils, sur les toits,

Parlait et fourmillait et contemplait la fête;

Huss vit venir à lui cet homme, cette bêle,

Cet être misérable et bas que l'effroi suit,

Espèce de vivant terrible de la nuit;

Difforme sous le faix de l'horreur éternelle,

Ayant le flamboiement des bûchers pour prunelle.

Il était là, tordant sa bouche sous l'affront;

On voyait des reflets de spectres sur son front

Où se réverbéraient les supplices sans nombre;

Toute sa vie était sur son visage sombre,

L'isolement, le deuil, l'anathème, ce don

Du meurtre qu'on lui fait au-dessous du pardon,

La mort qui le nourrit du sang de sa mamelle,

Son lit fait^d'un morceau du gibet, sa femelle,

Ses enfants, plus maudits que les petits des loups,

Sa maison triste où vient regarder par les trous

L'essaim des écoliers qui s'enfuit dès qu'il bouge ;

Ses poings, cicatrisés à toucher le fer rouge,

Se crispaient; les soldais le nommaient en crachant;

Il approchai;, courbé, plié, souillé, méchant,

Honteux, de l'échafaud cariatide affreuse ;

Il surveillait l'endroit où l'àtre ardent se creuse,

Ii venait ajouter de l'huile et de la poix,

Il apportait, suant et geignant sous le poids,

Une charge de bois à l'horrible fournaise;

Sous l'œil haineux du peuple il remuait la braise,

Abject, las, réprouvé, blasphémé, blasphémant;

Et Jean Hjss, par le feu léché lugubreme.it,

Leva les yeux au ciel et murmura : Pauvre homme !

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