TRISTESSE DU PHILOSOPHE
Jusqu'au jour Ou la science aura pour but l'immense amour, Où partout l'homme, aidant la nature asservie. Fera de la lumière et fera de la vie, Où les peuples verront les puissants écrivains, Les songeurs, les penseurs, les poètes divins, Tous les saints instructeurs, toutes les fières âmes, Passer devant leurs yeux comme des vols de flammes, Où l'on verra, devant le grand, le pur, le béai, Fuir le dernier despote et le dernier fléau; Jusqu'au jour de vertu, de candeur, d'espérance, Où l'étude pourra s'appeler délivrance, —
Contre les livres pleins de vérités dormant, Contre renseignement, contre le firmament, Et les esprits sans fin, et les astres sans nombre, Les oreilles de l'âne auront raison dans l'ombre!
LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT
Ainsi nous n'avons plus Strasbourg, nous n'avons plus
Metz, la chaste maison des vieux Francs chevelus!
Ces villes, ces cités, déesses crénelées,
Ce teuton nous les a tranquillement volées!
Ainsi le Chasseur Noir a ces captives-là !
Ainsi ce cavalier monstrueux, Attila,
Horrible, les attache aux arçons de sa selle;
A l'un pend l'héroïne, à l'autre la pucelle I
Et les voilà, râlant dans le carcan da fer,
Metz où régna Clovis, Strasbourg d'où vint Kléberl
Le vautour a ces monts et ces prés sous son aile !
Et tout cela pourtant, c'est la France éternelle !
C'est à nous ce Haut-Rhin où la Gaule apparaît!
J'en atteste l'été, le printemps, la forêt,
Les astres toujours purs, les roses toujours neuves
Et le ruissellement d'émeraudes des fleuves!
J'en atteste l'épi doré, le nid d'oiseau,
Et le petit enfant qui, nu dans son berceau,
Joue avec son pied rose en attendant la France!
J'en atteste l'œil bleu de la sainle espérance,
L'honneur, le droit, l'autel où l'on prie à genoux,
Cette Lorraine et cette Alsace, c'est à nous !
Là rêva Gutenberg, là se dressa Lotliaire;
Ce ciel est notre azur, ce champ est notre terre !
Nous nous sommes laissé prendre ces grands pays, Nous, France!
En même temps nous sommes envahis Par le prêtre, et flairés par la louve romaine ! Ainsi nous subissons la schlague qui nous mène! Ainsi nous acceptons sur nous le traînement Du syllabus gothique et du sabre allenandl
116 LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT
Ainsi nous permettons au reître, au bonze, au cuistre,
De reclouer sur nous le grand linceul sinistre,
L'ignorance, l'erreur, le mensonge et la nuit!
Ainsi l'immense aurore aux cieux s'évanouit 1
Ainsi, pourvu qu'il ait au poing de l'eau bénite,
Pourvu qu'après avoir fui devant le samnite,
Il drasse un sombre glaive à la gloire inconnu,
Le premier misérable imbécile venu
Peut nous crier : Paix là, vous tous! Gare à qui bouge!
Mais nos pères auraient mordu dans du fer rouge!