LA SCÈNE DES PORTRAITS
Tous les coups s'acharnaient, il cria: Christoval ! Christoval prit la plume et donna son cheval.
A un autre.
— Don Jorge, qui paya la rançon de Ramire, Roi d'Aragon.
DON CARLOS, croisant les bras et le regardant de la tête aux pieds.
Pardieu ! don Ruy, je vous admire :
Continuez !
DON RUY GOMEZ, passant à un autre.
Voici Ruy Gomez de Silva, Grand-maître de Saint-Jacques et de Calatrava. Son armure géante irait mal à no^ tailles. Il prit trois cents drapeaux, gagna trente batailles, Conquit au roi Motril, Antequera, Suez, Nijar, et mourut pauvre. — Altesse, saluez.
Il s'incline, se découvre, et passe à un autre. Le roi l'écoute avec une impatience et une colère toujours croissantes.
Près de lui, Gil son fils, cher aux âmes loyales. Sa main pour un serment valait les mains royales.
— Don Gaspard, de Mendoce et de Silva l'honneur! Toute noble miiison tient à Silva, seigneur. Sandoval tour à tour nous craint ou nous épouse. Manrique nous envie et Lara nous jalouse. Alencastre nous hait. Nous touchons à la fois Du pied à tous les ducs, du front à tous les rois!
DON CARLOS
Vous raillez-vous ?
DON RUY GOMEZ, allant à d'autres portraits.
Voilà don Vasquez, dit le Sage, Don Jayme, dit le Fort. Un jour, sur son passage,
126 BERNANI.
Il arrêta Zamet et cent maures tout seul. — J'en passe, et des meilleurs. —
Sur un geste de colère du roi, il passe un grand nombre de tableaux, et vient tout de suite aux trois derniers portraits.
Voici mon noble aïeul.
Il vécut soixante ans, gardant la foi jurée, Même aux juifs.
A l'avant-dernier.
Ce vieillard, cette tt'te sacrée, C'est mon père. Il fut grand, quoiqu'il vint le dernier. Les maures de Grenade avaient fait prisonnier Le comte Alvar Giron, son ami. M:is mon père Prit pour l'aller chercher six cents hommes de guerre; II fit tailler en pierre un comte A'var Giron Qu'à sa suite il traîna, jurant par son patron De ne point reculer, que le comte de pierre Ne tournât front lui-même et n'allât en arrière. Il combattit, puis vint au comte, et le sauva.
DON CARLOS
Mon prisonnier.