LE DISCOURS AUX MINISTRES
Aussi d'un régiment toute bande se double.
Sitôt que la nuit tombe, il est une heure trouble
Où le soldat douteux se transforme en larron.
Matalobos a plus de troupes qu'un baron.
Un voleur fait chez lui la guerre au roi d'Espagne.
Hélas! les paysans qui sont dans la campagne
Insultent en passant la voiture du roi.
Et lui, voire seigneur, plein de deuil et d'effroi,
Seul, dans l'Escurial, avec les morts qu'il foule,
Courbe son front pensif sur qui l'empire croule!
— Voilà I — L'Europe, hélas ! écrase du talon Ce pays qui fut pourpre et n'est plus que haillon. L'état s'est ruiné dans ce siècle funeste,
Et vous vous disputez à qui prendra le reste! Ce grand peuple espagnol aux membres énervés, Qui s'est couché dans l'ombre et sur qui vous vivez, Expire dans cet antre où son sort se termine, Triste comme un lion mangé par la vermine !
— Charles-Quint, dans ces temps d'opprobre et de terreur, Que fais-lu dans ta tombe, ô puissant empereur?
Oh ! lève-toi ! viens voir ! — Les bons font place aux pires. Ce royaume effrayant, fait d'un amas d'empires, Penche... Il nous faut ton bras! au secours, Charles-Quint! Car l'Espagne se meurt, car l'Espagne s'éteint! Ton globe, qui brillait dans ta droite profonde, Soleil éblouissant qui faisait croire au monde Que le jour désormais se levait à Madrid, Maintenant, astre mort, dans l'ombre s'amoindrit, Lune aux trois quarts rongée et qui décroît encore, Et que d'un autre peuple effacera l'aurore! Hélas ! ton héritage est en proie aux vendeurs. Tes rayons, ils en font des piastres! Tes splendeurs, O.i les souille! — 0 géant! se peut-il que tu dormes! On vend ton sceptre au poids! un tas de nains difformes Se taillent des pourpoints dans ton manteau.de roi; Et l'aigle impérial, qui, jadis, sous ta loi, Couvrait le monde entier de tonnerre et de flamme, Cuit, pauvre oiseau plumé, dans leur marmite inràme!