L'ENFANT DE LA RUE TIQUETOXNE
Bancel et Versigny m'avaient rejoint.
Comme je quittais le boulevard, mêlé à un tourbillon de foule terrifiée, ne sachant où j'allais, redescendant vers le centre de Paris, une voix me dit brusquement à l'oreille :
— Il y a là une chose qu'il faut que vous voyiez. Je reconnus cette voix.
C'était la voix d'É. P.
É. P. est un auteur dramatique, homme de talent, que, sous Louis-Philippe, j'ai fait exempter du s°rvice militaire. Je ne l'avais pas rencontré depuis quatre ou cinq ans, je le retrouvais dans ce tumulte. Il me parlait comme si nous nous étions vus hier. Tels sont ces effaiements-là. On n'a pas le temps de ?e reconnaître « dans les règles ». On se parle comme si tout était en fuite.
— Ah! c'est vous! lui dis-je. Que me voulez-vous? Il me répondit :
— J'habi'e une maison qui est là.
Et il ajouta :
— Venez.
Il m'entraîna dans une rue obscure. On entendait des détonations, au fond de la rue on voyait une ruine de barricade. Versigny et Bancel, je viens de le dire, étaient avec moi. É.P. se tourna vers eux.
— Ces messieurs peuvent venir, dit-il.
Je lui demandai :
— Quelle est cette rue?
— La rue Tique' onne. Venez.
Nous le suivîmes.
J'ai raconté ailleurs* celte chose tragique.
* Les Châtiments.