‹ F. BoucherChapitre 45 sur 67 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Boucher collectionneur — Ses démêlés avec Duflos. — Boucher aux Gobelins. — Travaux pour le roi. — Portraits de M'"e de Pompadour. — Peintures religieuses et illustrations du Décaméron. ■ — Les Salons de 1759, 1761 et 1763. — Commencements de réaction. — Les tableaux pour la galerie de Choisy.

Boucher profita beaucoup de la mode. Quand elle adopte un artiste, ce n’est jamais pour ce qu’il a de meilleur et de vraiment exquis, et quand il s’abandonne à elle, il lui sacrifie toujours une partie de son talent ; aussi arrive-t-il souvent que sa plus grande vogue coïncide avec le premier déclin de son génie. Ce fut le cas pour Boucher. Ses pastorales et bergerades, ses dessins à l’estompe et à la sanguine, au crayon noir rehaussé de blanc ou réchauffé de pastel, immédiatement reproduits par la gravure, trouvaient auprès du gros public un débit grandissant, surtout, disait le Mercure, « depuis que le nombre des estampes montées fait une riante décoration pour un très grand nombre de personnes qui ne sont point en état de satisfaire leur goût sur une curiosité plus considérable ». Aussi, il faut voir le nombre de gravures d’après Boucher que les éditeurs jetaient à l’envi sur le marché : c’étaient les Amours en gaieté , la Toilette pastorale , le Pasteur , la Petite Fermière, une Jeune Femme assise un éventail à la main, le Retour de Diane , Erigone vaincue, par Duflos; — les Charmes du printemps , les Plaisirs de l'été , les Délices de /’ Automne et les Amusements de l'hyver (tiré du cabinet de Mme de Pompadour), les Amusements de la campagne, la Musique pastorale, le Blanchissage, la Crémière , la Quêteuse de grand chemin , la Bergère laborieuse, les Bergers à la fontaine , la Fécondité , les Charmes de la vie champêtre , la Coquette , les Grâces au bain , Y Oiseau chéri , le Rafraîchissement du voyage , le Colombier , Y Abreuvoir d'oiseaux , le Moulin à vent, la Maison

rustique , le Berger napolitain , etc., par Daullé, Chedel, Gaillard

Bien qu’au témoignage de ses amis il n’ait jamais su profiter de sa réputation croissante pour augmenter le prix de ses ouvrages, Boucher voyait sa fortune s’arrondir rapidement, et, depuis quelques années, une

L E T U KBUCH E T .

Composition do F. Boucher; gravée par Aveline.

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LES ARTISTES CELEBRES

large aisance était entrée chez lui. Il en profita pour satisfaire ses fantaisies et embellir son logement du Louvre, où il réunit une « infinité de curiosités ' », et dépensa rien qu’en « ajustements intérieurs »

9.000 livres, sur lesquelles la caisse des bâtiments lui en remboursa

4.000 en ipâp2. On peut suivre en quelque sorte, dans le Livre-Journal de Lazare Duvaux 3 4, les progrès de ses revenus à l’importance de ses achats de 1749 à 1757 : c’est d’abord un cabaret à six tasses céladon, un pot pourri de vieille porcelaine blanche avec relief en vermeil, des boites des Indes, deux buires et vases d’ancienne porcelaine bleu céleste à 1,200 livres ; — puis des bibliothèques en bois de rose pour loger les agates, onyx, émaux, rubis, topazes, œils-de-chat, morceaux d’or natif, cristaux de roche, fragments de lapis, albâtre, chalcédoine, jaspe fleurie, cornaline, pierres fines, opales, grenats, émeraudes, coraux, coquilles, oiseaux, insectes, papillons des Indes, phalènes de la Chine, papillons bleus de la rivière des Amazones qu’il entassait chez lui ’, et qui offraient constamment à ses yeux, comme une palette étincelante, un scintillement de couleurs. L’exemplaire de la Bibliothèque nationale du Catalogue des estampes de Rembrandt recueillies par Amédée de Burgy (La Haye, 1755, in-8°) contient une note manuscrite sur les amateurs qui, au xvme siècle, recherchaient les planches de Rembrandt : Boucher y est cité, « qui trouve dans ce maître un ragoût et une intelligence si belle du clair-obscur qu’il se fait un vray plaisir de le regarder souvent ». Le catalogue de sa vente mentionne, en effet, « plusieurs dessins à la plume de Rembrandt, d’un bon effet », plus vingt-trois estampes.

Ce catalogue est intéressant et instructif à feuilleter. On y trouve un aveu indirect des goûts et des instincts du maître, une liste de ses conseillers préférés, quand il avait le temps de demander des conseils. Il n’est pas indifférent de savoir, par exemple, qu’il avait réuni « cent trente-sept morceaux inventés et gravés par Tiepolo », quatorze dessins et une

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