‹ Fa dièzeChapitre 1 sur 16 · ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES- 3, RUE AUBER · texte numérisé non relu

ANCIENNE MAISON MICHEL LÉVY FRÈRES- 3, RUE AUBER

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JEANNE BOUYER

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AVANT-PROPOS

A Madame ***, nie Camille Sen

Il n’est pas. Madame, que vous n’ajei gardé quelque souvenir de Stephen, ou du moins j’espère n’avoir pas besoin de vous rappeler le nom sons lequel vous l’avez 3onnu.

Je ne sais si vous avez eu la curiosité ou le loisir, en l’état d’heureuse tranquillité où

70US passez doucement votre vie, de lire un

AVANT-PROPOS

livre (Soîis les tilleuls) où j’ai retracé quelques-unes de ses souffrances ; quoique j’aie eu le soin de vous envoyer le premier exemplaire que j’aie pu m’en procurer, pensant, peut-être à tort, qu’il serait de quelque intérêt pour vous de retrouver en ce récit des personnages ou des faits que vous avez, autrefois connus.

Car, outre Stephen, vous savez aussi qui est Magdeleine ; vous connaissez et vous aimez d’une tendre affection le bon M. Muller, et aussi cette Suzanne, si blanche et si jolie, comme je l’ai entendu désigner à vous-même, et le frère Eugène, le soldat.

Je ne sais si vous vous rappelez aussi l’allée des tilleuls, aujourd’hui presque entièrement détruite, comme j’ai eu le chagrin de le voir dans un des derniers pèlerinages qut> j^’v ai faits.

Pardonnez-moi, Madame, de vous rappeler ces souvenirs sans savoir le degré d’in-

AVANT-PROPOS

térêt qu’ils peuvent avoir conservé pour vous.

Quelques-uns, à la lecture de Sons les tilleuls, publié pour la preinière fois il y a deux ans, .ont soupçonné que je connaissais les personnages. Mieux que personne. Madame, vous pouvez apprécier la réalité de ce soupçon. Vous savez si Stephen a aimé Magdeleine ; si Magdeleine lui avait fait, sous les tilleuls, des promesses solennelles; si Stephen, pauvre, et n’ayant dans la vie qu’un seul but, celui de pouvoir offrir à Magdeleine une existence calme et paisible, repoussé de toutes parts, mais retrouvant du courage et de la force dans un regard, dans un mot tracé au crayon, s’épuisait en efforts infructueux; et, pour voir Magdeleine de loin, consacrait à payer sa place au théâtre le peu d’argent destiné à sa nourriture, et le soir s’endormait à jeun, heureux de l’avoir vue, heureux de souffrir pour elle.

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Vous pourriez dire aussi d’autres choses qui ne sont pas dans le livre. Stephen avait une mère pauvre; il la prit avec lui, et, pour vivre à moins de frais, se retira avec elle dans une campagne aride. Là, il fut obligé de se livrer à de pénibles occupations, ne dormant que trois heures chaque nuit.

Hâve, défiguré, exténué, forcé de se blesser avec un canif pour vaincre le sommeil qui l’accablait au milieu de ses travaux, il prenait encore sur ses trois heures de sommeil pour aller, à une assez grande distance, voir de loin le reflet pâle de la veilleuse qui brillait dans la chambre où Magdeleine dormait fraîche et calme. C’est alors qu’on dit à Magdeleine que Stephen vivait à la campagne avec une femme qui portait son nom.

C’est ainsi que l’on fit une action coupable d’une bonne action. Magdeleine le crut, et c’est une des raisons qui la décidèrent à l’abandonner sans lui dire même adieu.

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AVANT-PROPOS

Un jour, Stephen, par son travail, se trouva dans une position honorable dans les lettres. 11 partit à cheval pour faire part de cette bonne nouvelle à une tante de Magdeleine. En route, son cheval se renversa sur lui; Stephen, brisé, remonta à cheval, fit cinq lieues, et arriva à V.... rs. Là il apprit que Magdeleine était mariée.

Alors il forma des projets de vengeance ; mais, soit qu’il s’efforçât de trouver des excuses à la femme qu’il avait tant aimée; soit qu’il eût, avec l’amour de Magdeleine, perdu la force et l’énergie de son âme, il y renonça.

C’est alors que j’écrivis Sous les tilleuls, où je racontais simplement ce qui était arrivé; seulement je donnais à Stéphen une énergie qu’il n’a plus aujourd’hui. Le livre fut envoyé à Magdeleine.

J’aurais cru qu’elle écrirait à Stephen :

— Tes souffrances sont horribles ! par-

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donne-moi! eût été si heureux de

pardonner! Mais, seule peut-être, Magde~ i leme lut le livre sans émotion.

Cependant, soit amour, soit faiblesse et > lâcheté, Stephen lui écrivit. Il implorait son ; amitié, il ne demandait que de la voir, d’assister à son bonheur. Il n’obtint qu’un silence insultant.

N’est-ce pas. Madame, cette femme-là n’a pas d’âme?

Depuis ce temps, Stephen fait pitié. Il s’est d’abord jeté dans d’étranges folies.

Froid et calme, il a eu plus de maîtresses qu’aucun homme de son âge, il n’a trouvé que dégoût et désespoir, hhitre ces femmes, quelques-unes l’ont aimé, il n’avait pas d’amour à leur donner ; il les a rendues presque aussi malheureuses que lui.

Enfin, il a renoncé à l’amour ; il ne peut ni aimer ni être aimé. Les femmes 1^ plus méprisables sont les æules qu’il recherche •

AVANT-PROPOS

quelquefois. Il vit renfermé, seul avec un portrait et des lettres, sans crainte, sans désirs, sans force.

Sa profession lui offre des satisfactions d’amour-propre. Ardent, énergique, sensible comme il l’était, il pouvait prétendre à la fortune, à la gloire...

Mais l’or est désirable quand il peut servir à parer la femme que l’on aime, à étendre de riches tapis sous ses pieds que blesserait le contact de la terre, à répandre autour d’elle des parfums moins suaves que son haleine.

La gloire est désirable quand le poète peut placer sur la tête de la femme qu’il aime les couronnes qui tombent sur la sienne ; quand les louanges que l’on fait de lui arrivent en douce harmonie aux oreilles de son idole.

Mais pour le poète sans amour, pour celui dont l’âme a été brisée par les tortures

I AVANT-PROPOS

d’un amour trahi, l’or n’est rien que l’or, un métal comme le fer ou le plomb ; la louange n’est qu’un fade encens qui fatigue la tête; les couronnes de flears sont des couronnes d’épines qui couvrent sa face pâle de sang et de sueur.

Et d’ailleurs il n’est plus ce que la nature l'avait fait. Stephen aurait peut-être entrepris de grandes choses ; il n’est et ne sera qu’un homme ordinaire : il n’a plus d’âme.

Que pensez-vous de Magdeleine^ Madame, de Magdeleine qui vit heureuse tandis que Stephen meurt? Êtes- vous de c^ gens qui n’appellent crime que ce qui ressort immédiatement de la cour d’assises?... Ne trouvez-vous pas Magdeleine criminelle f

Dites-moi, et je tiens à votre opinion sur ce sujet, si vous étiez Magdeleine ^ si j’étais Stephen, permettez un moment cette si>y position, et qu’il me revint quelque étincelle d’énergie, ferais-je bien mal de me venger?

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OU, si je restais écrasé ou anéanti, n’auraisje pas le droit de ne conserver pour vous d’autre sentiment que le plus froid mépris?

Eh bien! non. Si vous étiez Magdeleine, si j’étais Stephen, voici ce que je vous dirais : — « Vous avez cru pouvoir prendre mon amour et le rejeter à votre caprice comme un jouet qu’un enfant brise quand on lui en offre un autre.

Vous vous ôtes trompée.

* Je suis a vous;

Vous êtes a moi !

Et cela pour toute notre vie à tous les deux.

Vous êtes à moi, car je vous ai achetée par huit ans d’amour et d’angoisses, par toute une vie de découragement. ■*

Je suis à vous, car sur vous sont toutes mes croyances, tout mon amour, toute ma vie, et il ne me reste rien que je puisse donner à une autre femme en échange de mon

AVANT-PROPOS

amour. Il n’y a pas un mot d’amour que je ne vous aie dit et que j’ose dire à un autre, tant je crains de le profaner.... 11 n’y a pas une sensation à laquelle vous soyez Ëtraugère et que je puisse séparer de votre souvenir... Pas un coucher du soleil, pas une aurore, quelques teintes, quelques formes que prennent les nuages, que je ne me souvienne avoir contemplés en songeant à vous. La mousse des bois, nous avons marché dessus

ensemble ; les fleurs d’églantier, ensemble le *

soir nous les avons respirées ; l’aubépine des haies, je l’ai enlacée dans vos cheveux ; les

liserons, il y en avait dans le jardin des til-

leuls; l’ombre et le silence des bois, je les ai tant désirés pour cacher notre vie qui devait être si heureuse 1 le vent, je l’ai vu souffler dans vos cheveux ; la rivière, j’ai disparu sous l’eau en prononçant votre nom, entraîné par un homme que j’ai sauvé pour que vous, puisriez être Aère de moi; la mer, j’ai écrit

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nos deux noms sur son sable à fin; la musique, il y a des airs que je vous ai entendue chanter, d’autres que je chantais moi-même quand vous m’aimiez.

Vous le voyez, vous avez tout pris ; la vie n’a plus rien pour moi qui ne soit à vous.

Moi-même je suis tout en vous : donc, rien ne nous séparera. Vous êtes à moi, triste ou heureuse, pensant à moi ou m’ou-* hliant dans les bras d’un autre.

Tout ce qui est en vous, tout ce qui est de vous m’appartient; ce qu’on en prend, on me le vole : je le. réclamerai hautement.

Vos larmes, vos sourires, vos caresses, tout est à moi ; et ne croyez pas que je me laisse arrêter |?ar des considérations sociales ni par le blâme / Mon amour était plus grand que tout cela.

Vous m’avez tué ! mais mon cadavre, mon ombre, car je ne suis plus qu’un cadavre et

tt

AVANT-PROPOS

une ombre, vivront avec vous de votre vie, puisque je n’en ai plus à moi dont je puisse vivre. Si vous êtes triste dans des nuits sans • sommeil, je veux pleurer avec vous; si vous

■i ji ôtes heureuse au milieu des fêtes, je cou-

ronnerai de fleurs mon front pâle et j’assisterai à vos fêtes. Je souffrirai de votre mal, je serai heureux de votre joie, puisqu’il n’y a plus pour moi ni joie ni douleur person- ‘ selles.

Vous êtes à moi, et mes lèvres froides reprendront Jusque sur les lèvres roses de cet enfant, qui devait être à vous et à moi, les . baisers que vous lui donnez et qui m’appartiennent.

Je suis à vous, et votre nom sera en tête de tous mes ouvrages, bons ou mauvais, loués ou blâmés, comme U a ôté an fond de toutes mes actions, de tons mes désirs, de toutes mes craintes, quand j’avais des désirs et des craintes, quand j’avais la force d’agir. »

AVANT-PROPOS

Voilà ce que je vous dirais. Madame, si vous étiez Magdeleine, si j’étais Stephen.

J’ai l’honneur d’être,

Madame,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

ALPHONSE KAaa.

U J avait dans la petite ville d’Ober-Wesei, sur les bords du Rhin, un homme rai»

sonnablement riche, nommé Conrad Krumphoitz; il avait à peu près trente ans et en paraissait bien cinquante, non que sa vie eût été en proie à de violenta secousse^ à de vives agitatioiœ; mais il s’était beaucoup ennuyé, et chaque jour il s’ennuyait davantage.

Au moment où nous commençons cette histoire, il n’j avait pas encore une semaine que le baron Conrad était possesseur du petit château d’Ober-Wesel : nous allons dire aussi brièvement qu’il nous sera possible ce qui avait amené le baron dans le voisinage rocailleux et désert du rocher de Loreley.

Le baron, né d’une famille pauvre, longtemps pauvre lui-môme, par des chances favorables et peut-être aussi par des talents supérieurs qu’on lui accordait presque généralement, était parvenu à une grande faveur à la cour du prince de***, à une réputation distinguée dans la diplomatie, et à une fortune que l’avenir ne pouvait qu’accroître encore.

Un jour, c’était au mois de mars, une ' femme envoya à Conrad une bourse brodée de sa main, en commémoration de son jour de naissance. Conrad crut devoir reconnaître

cette attention en envoyant à la belle brodeuse une parure de rubis, dont par hasard elle avait, devant lui, à quelques jours de là, loué la beauté et la monture; mais l’orfévre avait vendu cette parure et ne put qu’en donner une à peu près semblable, aussi ne futon qu’à peu près satisfaite, de quoi Conrad fut tout à fait de mauvaise humeur.

Or, ce joür-là le temps était sombre, Atha nase avait laissé brûler le chocolat, et le baron avait la migraine.

Il était dans cette situation physique et morale où l’on est mal sans avoir de douleur déterminée, où l’on souffre vaguement des souffrances lourdes et intolérables auxquelles il est impossible de donner un nom, où l’on est en proie à un ennemi d’autant

plus invincible qu’il n'y a aucun moyen de le saisir corps à corps : ces jours-là on donnerait dix ans de sa vie pour avoir un réel sujet de tristesse, tant est pénible cet ennui qui pèse sur l’esprit et sur Pâme, comme l’été, sur le corps, un nuage surchargé d’électricité. Certes c’eût été de la part d’Athanase un vrai service à rendre à son maître que de lui donner un prétexte suffisant, et Conrad n’eût pas été difficile de le jeter par la fenêtre, s’il était vrtii qu’on puisse jeter un homme par les fenêtres, sans qu’il y mette la plus grande complaisance.

Le baron repassa dans sa tête par quels moyens il pourrait échapper à celte horrible maladie; tout lui parut fade et écœurant; d’ailleurs, il avait tout fait cinquante fois : il ne trouva rien de mieux, pour tuer le temps, que de s’emporter contre la femme à laquelle il avait envoyé les rubis. De là à médire des femmes en général il n’y avait

to FÂ DIËZE

qu’un pas; le baron en fit deux, il les calomnia. — Der Teüfel ! dit-il, c’est prodigieux de compter combien de mes jours j’ai gas-.

pillés pour les femmes !

Puis quand il eut bien regretté le temps qu’il avait ainsi perdu, il vint à penser que c’était encore la meilleure manière de l’employer, et que le temps perdu était peutêtre celui qu’il avait consumé autrement.

Le baron, qui avait constamment tenu sa jambe droite croisée sur sa jambe gauche, intervertit subitement cet ordre, rapprocha son fauteuil de sa cheminée, rétablit un peu l’architecture du feu ;

Comme fait un homme qui, trouvant par hasard une idée qui lui plaît et lui apporte de l’intérêt, se met à son aise pour s’y livrer complètement. — Et à dire le vrai, ajoutat-il, s’il est quelques moments heureux dans ma vie, c’est aux femmes que je les dois.

Il sonna Athanase, et se fit apporter de

grands cartons poudreux dont la modeste couverture contrastait singnlièrement avec le riche ameublement du cabinet. Quand il fut seul : — Je gage, se dit-il, que dans toute ma vie je n’ai pas eu à traverser une journée comme celle-ci. U feuilleta les cahiers, et, parmi des pages plus ou moins griffonnées, chercha, de cahier en cahier, les dates correspondantes à celle où il se trouvait.

15 mars. — Ce matin en courant, j’ai fait nne chute si violente que je boite un peu et que mon pantalon vert en a été déchiré. A cette nouvelle ma mère s’est écriée : — Ton pantalon neuf!

Une chanson que j’ai faite sur un professeur, m’a fait donner un énorme pensum, de sorte que je serai en retenue pour jeudi.

Quand sortirai-je donc des bancs ! encore une longue année peur ânir cette maudite

rhétorique, sans compter que jeudi nous devions goûter avec du bon Kus-flaten.

Le baron sourit et prit un autre cahier.

15 mars. — Rien.

U prit un autre cahier.

15 rmrs. — Pour mon jour de naissance ma jolie Blanche m’a donné la première pâquerette éclose de l'année; comme le soir je la regardais en pensant à Blanche, cmnme il me semblait s’exhaler de cette âeurà moitié sèche l’odeur de son haleine, M. Bernhard m’a demandé assez brusquement ce que je tenais là. Je me suis senti rougir, j’ai caché mon trésor et je n’ai rien répondu. Je ne sais à quoi M. Bernhard attribuera mon embarras*, mais ce que je sais bien, c’est que ni lui ni personne n’en sauront jamais la cause. J’aimerais mieux cent fois perdre la place

qui me fait vivre que d’exposer Blanche à une seule pensée impertinente; j 'poufferais de mes mains celui auquel je soupçonnerais une semblable pensée au plus profond du cœur.

— Ouf! dit en souriant le baron, j’étais un véritable chevalier errant, et je ne crois pas que jamais aucun ait été aussi chatouilleux sur l’honneur des dames.

Mais cette phrase, commencée avec un sourire, il la finit seulement des lèvres ; ses idées avaient pris un autre cours, et il laissa échapper un long soupir. Puis il prit un autre cahier.

15 mars. — Je suis fort perplexe; mon tailleur ne veut plus m’habiller à crédit, et je dois aller jeudi au bal chez l’ambassadeur de France...

Conrad laissa tomber le livre, prit les pincettes et arrangea le feu qui n’en avait nul

besoin, comme pour se nier à loi-même qu’il fût aussi abprbé par la lecture de ces notes, écrites à une époque bien effacée.

— J’étais, se dit-il, plus heureux de cette pâquerette, que ne l’a été de mes rubis cette sotte créature.

En feuilletant ces cahiers, il me semble encore sentir les abricotiers en fleurs de la maison de Blanche.

Et cette petite Blanche I mon cœur bat à ce nom, cette lecture me rend ma vie d’alors ; je sens une impatience comme si j’avais encore vingt ans et que Blanche m’attendît.

U resta quelques instants le front appuyé sur le marbre de la cheminée; puis, pour secouer les souvenirs doux et mélancoliques qui l’oppressaient, il se leva brusquement, sonna, et dit : * .

— Athanase, les dievaux dans dix minutes ! *

Gomme il faut plus de dix minutes pour mettre deux chevaux à une voiture, surtout quand personne n’est averti, Conrad eut le plaisir de se mettre un peu en colère contre Athanase, contre son cocher, contre ses chevaux.

Quand tout fut prêt, il descendit; mais lorsque Athanase, en refermant la portière,

lui demanda où il allait, le baron le regarda

avec étonnement, hésita ; puis brusquement :

— Nulle part, dit-il, on peut dételer; je ne sortirai pas, et je n’y suis pour personne.

Il remonta dans son cabinet, jeta luimême du bois au feu, remit sa robe de chambre et reprit les cahiers de notes, sur lesquels depuis bien longtemps il ne lui était pas arrivé de jeter les yeux.

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