‹ Fa dièzeChapitre 3 sur 16 · J’ai promis à ma mère de la con · texte numérisé non relu

J’ai promis à ma mère de la con

duire demain chez one de ses amies ; je m’y ennuierai, j’y serai gauche et gôné; j’ai eu tort.

Cependant, si je suis si peu accueilli quand je vais quelque part, c’est ma faute.

On ne saurait croire combien je fais d’efforts pour atténuer l’expression de mes sensations, pour renfermer au dedans de moi ce que j’éprouve.

n y a à peu près quinze jours, je revenais du Yieux-Chàteaut une femme portait avec beaucoup de peine un fagot que j’aurais faci* lement porté d’une main. Mon premier mouvement fut de la débarrasser de son fardeau ; mais la crainte du ridicule me retint, et depuis le haut de la rue je fus continuellement combattu.

Imbécile ! le ridicule. . . Qui aurait osé rire en me voyant soulager cette pauvre femme?

et quand on aurait ri, qu’est-ce que cela me fait?

FA DIËZB

Pour mes actions, comme pour mes paroles, je suivrai toujours ma première impulsion, sans me soucier de l’opinion des autres. Je me suis aperçu que lorsqu’il m’arrive de laisser un peu voir mon cœur ou mon esprit à découvert, j'excite l’attention et l’intérêt ; il faut que je prenne sur moi de parler aussi vivement que je sens, et, j’en suis sûr, je serai éloquent.

juillet, mercredi. — Il est deux heures du matin. Je ne puis dormir ; je voudrais marcher, courir, mais je ne sais où aller...

Mon sang circule avec une effrayante rapidité; je sens dans la poitrine un feu qui brûle et produit cependant une sensation voluptueuse... Je ne sais ce que j’ai • je vais écrire, cela me calmera peut-être. Ce soir, je n’ai pas tenu la promesse que je m’étais faite ; on a dansé, je me suis intimidé : j’ai très-mal dansé.

Mais il y avait là, près de l’embrasure d’une fenêtre, une jeune fille, vêtue de blanc, si belle!... si belle.

Je n’ai pu voir qu’elle de toute la soirée.

Elle est bien jeune ! on ne peut être amoureux de cette enfant.

Mais elle est si belle I si douce.. . Cette robe blanche lui sied si bien.

2 juillet, jeudi. — Elle s’appelle Blanche.

^juillet. — Il y a quinze jours qu’elle est notre voisine; depuis quinze jours, chaque fois que ma mère est allée se promener, elle était avec ma mère; l’autre soir, quand je me suis couché sur l’herbe, si désespéré, près du Vieux-Château, elle y avait passé presque toute la journée.

Ce bouquet de bluets ne peut être à elle, aile a les cheveux bruns; je le jetterai.

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PA DIËZE

4. — Hier, comme dans le jardin je lisais, c’est-à-dire, je laissais mes yeux errer sur un livre, je la vis entrer dans le jardin; je me levai, et en la saluant je me sentis rougir, je cherchais quoi lui dire, pour ne pas lui sembler une sorte de sauvage, car pour moi j’eusse autant aimé ne pas lui parler ; c’était assez d’être près d’elle, de la voir.

Comme j’hésitais, elle prit la parole ;

— Ma tante est chez madame votre mère, me dit-elle, et on m’a dit d’aller au jardin cueillir un bouquet.

Il se fit un long silence.

Je crus devoir l’interrompre, mais quand je voulais parler, je manquais d’haleine, plus qu’il ne m’arrive après avoir gravi les rochers les plus escarpés.

Enfin, je dis :

— Le soleil est bien ardent.

Probablement Blanche trouva la chose si évidente qu’elle pensa qu’on ne pouvait la

nier et qu’il était inutile de l’affirmer; donc elle ne répondit pas, et me laissa encore tout l’embarras de la conversation.

Je m’enhardis aussi un peu et je dis :

— Vous étiez avec ma mère il y a quelques jours, lorsqu’elle fit une promenade au Vieux- Château.

— Oui, répondit Blanche.

— Il faisait encore bien chaud, repris-je.

Probablement par la même raison qui l’avait empêchée de répondre à ma première phrase, elle ne répondit rien.

— Connaissiez- vous cette promenade ?

fis-je.

— Non, reprit-elle.

J’étais désespéré de ne pouvoir donner à la conversation une direction telle que Blanche fût obligée de parler a son tour, et d’interrompre ses réponses monosyllabiques qui me laissaient toujours le soin de soutenir une conversation d’autant plus embar-

rassante, que la chose que j’avais à lui dire était précisément celle dont je ne pouvais parler.

Mais tout à coup elle me sortit d’inquiétude, en disant :

— Je n’ai pas vu souvent d’aussi belles roses que celles qui sont sur la plate-forme de la tour,

— Ni d’aussi odorantes, dis-je.

— Ni d’aussi grosses, ajouta-t-elle.

— Et cependant, repris-je, quelque belle et riche et prodigieuse que soit la nature, les peintres ont encore la fatuité de la vouloir embellir : toutes les roses que j’ai vues, même celles des plus célèbres peintres, sont plus grosses que les roses naturelles.

Je m’aperçus que Blanche ne connaissait ni les plus célèbres peintres, ni leurs rosea-, et pour parler d’autre chose, je lui dis :

— Le jour où vous êtes allée au Vieu3>- Château f j’y suis allé aussi, mais le soir...

En commençant ma phrase, je voulais dire ;

— J’ai trouvé un bouquet de bluets, mais je ne l’osai pas, et je dis :

— Et je ne suis rentré que très-tard.

Blanche ne crut pas me devoir rien dire de plus mystérieux que ce dont je lui faisais part, et elle répondit :

— Noos, nous étions rentrées à huit heures.

Certes notre conversation était bien simple et bien innocente, et cependant quand j’entendis frissonner les branches d’un arbrisseau, bruit causé par ma mère et par la tante de Blanche,

Je me sentis rougir, et je ne pus continuer à parler ; je me croyais coupable de tout ce que je n’avais pas osé dire.

Ma mère me dit assez sèchement :

— Je ne vous savais pas ici.

Je m’empressai de donner une foule de

raisons péniblement cherchées de ma présence au jardin.

Jamais je n’ai été aussi maladroit.

Blanche doit me croire niais.

Je ne veux plus la voir.

5. — J’avais le bouquet de bluets à la main; quand elle s’approcha de moi, je le jetai dans les broussailles.

Elle regarda ce que j’avaisjeté.

— C’est, dis-je, un bouquet de bluets que j’ai trouvé. . . près du Vieux-Château, ajoutaije un peu plushas; puis je poursuivis d’une voix à peine intelligible : le jour où vous j allâtes avec ma mère.

— C’est singulier 1 dit Blanche.

. — Comment? m’écriai-je.

— C’est singulier ! répéta-t-elle.

Et, après un silence, elle ajouta :

— Ce jour-là, j’ai, du haut de la plateforme, jeté un bouquet de bluets que j’ai remplacé par des roses.

— C’est singulier ! dis -je à mon tour.

— Oui, dit-elle, que vous ayez ramassé ce bouquet.

— Non, dis-je, que vous choisissiez des bouquets bleus, ayant les cheveux bruns ; le bleu nuit au teint des brunes.

— Oh I dit-elle, je ne suis pas si coquette, j’aime les fleurs de toutes les couleurs.

D’ailleurs, ajoula-t-eHe, le bleu ne me sied pas si mal, je suis fâchée de n’avoir rien de bleu.

J’avais une cravate bleue, je la lui offris, elle la mit à son cou : elle a la peau si blan* che, en effet, que le bleu lui sied à ravir.

6. — Hier ma mère voulut faire blanchit ma cravate bleue, je la lui tirai des mains avec une sorte de fureur; Dieu sait tout ce qu’elle m’a dit. Elle se promena longtemps dans la chambre en m’invectivant; elle prédit que je finirais mal ; m’appela sot, fan-

FA OIÈZE

tasque, ingrat, mauvais cœur ; et en dernier lieu, après avoir longtemps hésité, comme si cette expression forte loi semblait un peu plus dure qu’il ne fallait, elle ajouta... original.

— Je m’en irai.

Bah ! un sourire de Blanche efface tout cela.

8. — Avant-hier j’ai fait des vers, à peu près comme certains oiseaux chantent par les temps d’orage :

Je TOUS Toyais, comme une fleur charmante Dont l’éclat vir^nal craint le souffle des vents; Et moi, j’ai craint que la peinture ardente De l’amour qui charme mes sens Ne profanât vos attraits innocens.

Insensé que j’étais ! la fleur qui vient d’éclore, La rose qui vient de s’ouvrir.

Des baisers du xéphyr et des pleurs de l’aurore Devient pins belle encore :

Rose, ouvres votre cœur aux baisera du zéphyr.

Ouf! dit le baron en s’interrompant, ma mère avait bien raison de dire que je finirais mal.

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