‹ FabiolaChapitre 5 sur 113 · I A MAISON CHRETIENNE. O · texte numérisé non relu

I A MAISON CHRETIENNE. O

demeurée vif?e ou nn tableau couvrrt d'un voile prouve que ces lacunes ne sont i>as le résultat d'un acculent.

Comme le plafond cintré, qui se projette à l'extérieur des colonnes, offre à son centre une large ouverture carrée, nommée impluvium, une tenture, un rideau de toile épaisse s'y déroule et en défend l'entrée contre le soleil et la pluie. Un demi-jour artificiel nous permet donc seul de voir tout ce que nous avons décrit, mais il ne donne que plus d'effet à ce qui se trouve au delà. A travers une arcade, ouverte en face de celle par laquelle nous sommes entrés, nous pouvons jeter un coup d'oeil dans une cour intérieure plus riche encore que la première : elle est pavée de marbres variés et ornée de dorures éclatantes. Le voile de l'ouverture supérieure qui, cependant, est fermée ici d'un verre épais ou de talc, lapis specviaris, en est à demi-tiré, et laisse pénétrer un rayon clair mais adouci du soleil couchant, jusqu'à un endroit oii nous découvrons enfin, et pour la première fois, que nous n'errons pas dans une demeure enchantée, mais que nous sommes bien dans une maison habitée.

Auprès d'une table et à l'extérieur d'une colonnade en marbre phrygien, une femme est assise; elle n'a pas dépassé l'âge moyen de la vie, et ses traits nobles, mais doux, portent les traces de chagrins profonds éprouvés dans sa jeunesse. Cependant une puissante influence semble en avoir vaincu la mémoire ou du moins l'avoir tempérée par une pensée plus douce, de façon que toutes deux sont unies dans son cœur et y demeurent inséparables depuis longtemps. La simplicité de son extérieur contraste étrangemeut avec la richesse de tout ce qui l'entoure; sa chevelure, sillonnée çà et là de quelques fils prématurément argentés, est découverte et arrangée sans art; ses vêtements sont simples de couleur et de façon, dépourvus de broderie et d'ornements, si ce n'est la bordure de pourpre, appelée segmentum (galon) dont ils sont entourés, et qui est un signe de veuvage ; ou ne découvre enfin sur elle ni pierreries ni aucun de ces bijoux précieux dont les dames romaines étaient ai prodigues. La seule chose qui semble se rapprocher du luxe est une mince chaîne ou un léger lacet d'or qu'elle porte au cou, et qui paraît soutenir un objet soigneusement caché dans le haut de sa tunique.

Au momeut où nous l'apercevons, elle est activement occupée d'un travail qui n'est évidemmc^nt pas destiné à son usage personnel. C'est une longue bande de drap d'or qu'elle brode d'un fil d'or plus riche encore : de temps en temps, son aiguille va chercher dans plusieurs petites cassettes élégantes, ouvertes sur la tab'e, tantôt une perle, tantôt «ne pierre précieuse enchâssée dans l'or, et dont elle parsème sa broderie. On dirait que ce sont des bijoux, ses parures aux jours passés, qu'elle emploie à un plus noble usage.

Mais, à mesure que le temps s'écoule, une légère inquiétude semble envahir peu à peu ses pensées que jusqu'ici son travail absorbait, selon toute apparence. Elle relève souvent la tête et jette un regard vers la porte : quelquefois elle prête l'oreille au bruit des pas, et son visage exprime le désappointement. Elle regarde tour à tour le soleil et la clepsydre qui est placée sur une console f^uprès d'elle ; mais, au moment oii un sentiment plus prononcé d'anxiété commence à se peindre sur sa physionomie, un coup vif et joyeux retentit à la

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porte d'entrée, et, radieuse, elle se penche en avant pour accneillir le visiteur impatiemment attendu.

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