LE BUISSON, LE POIRIER ET LE NOISETIER
Une trombe, la nuit, éclatant au village, Avait semé partout le trouble et le ravage. Un buisson, un poirier, un noisetier des bois,
Portes sur le fleuve rapide, Vers l'Océan s'en allaient tous les trois, dote à cote ils flotlaient sur cette nappe humide: a Frères, dit le buisson, ne reviendrons-nous pas, Et ce fleuve pressé va-t-il sans espôrance Nous jeter pour toujours dans l'Océan immense ?» «Ehî sans doute. » « Sans doute, hélas! » « Et pourquoi cette crainte en face du trépas, Dit le poirier? pour moi, ne rebutant personne. En mon temps j'ai donne le peu de fruits que donn;-
Un jeune poirier en automne; Ma tâche est accomplie et je m'en vais content. » Le noisetier s'écrie : « Eh î j'en puis dire autant.» « Las! répond le buisson, {daignCz ma destinée :
Loin de produire chaque année,
Comme vou^^, des fruits abondants, Debout sur les chemins, ainsi que les méchants, Je prenais mon plaisir à déchirer les gens. »
Le poirier lui dit : « 0 mon frère,
Je comprends après cet aveu
Vos chagrins et votre misère :
Le mal ijue Ton a fait, le bien qu'on eût dû faire Sont un si lourd fardeau quand on les porle à Dieu.»