LE RENARD ET LE LOUP MEDECINS
Le renard et le loup, las de se décrier,
Dé vivre dans la faim en vivant dans la haine,
Finirent par s'associer.
Tous deux courent à jeun la montagne et la plaine Le loup disait : « — Mes frères malheureux, Animaux borgnes ou boiteux, Accourez, un renard habile Guérissant la gent volatile Arrive en ce moment. Le ciel dans sa bonté L'envoie en ce pays du fin fond de la Chine
Pour exercer la charité :
Il ajuste les os des genoux, de Féchine,
Rétablit toute la machine ; Et lorsque enfin le malade est guéri
On le paie en disant : merci. »
Renard de son côté criait à perdre haleine, Chez la nation porte-laine :
a — Quoi ! parmi vous il est des gens
Faibles, infirmes, languissants.
Lorsqu'un loup, un voisin, vous l'ignorez peut-être,
Un docteur aimable et fameux
Vous offre ses soins généreux ;
Vous gagnerez à le connaître.
Il vous soigne et guérit gratis ;
Pour tout le monde c'est son prix,
Accourez-donc, pauvres ou riches. »
Après ces longs propos menteurs,
Nos deux assassins orateurs Au carrefour d'un bois vous placent des affiches
Et leurs diplômes de docteurs :
Bientôt auprès du loup humblement se présente Un mouton débonnaire, honnête campagnard, Qu'une horrible fièvre tourmente,
Clopin-clopant arrivent d'autre part Une poule boiteuse, un lourd et gros canard Désireux de parler au médecin renard.
On les conduit dans une grotte obscure. Antre affreux, vieux logis creusé par la nature. Le lendemain, nos médecins matois, En les croquant' les guérissaient tous trois.
Victime aussi de l'imposture,
L'homme suit trop souvent une fausse clarté \
La foule court au bruit, non à la vérité. Lorsque vienfun hâbleur, un sot ou moins encore. Qui jette un discours en plein vent, Discours aussi creux que sonore ,
Il est fameux, dit-elle, il est savant;
Il a sa confiance et bientôt son argent.