‹ FablesChapitre 114 sur 121 · LE LION ET LE VAUTOUR · texte numérisé non relu

LE LION ET LE VAUTOUR

Un Vautour retenait sous sa griffe un poulet; Et, malgré les cris de sa mère, Il allait manger le pauvret, Quand parut un monarque à la blonde crinière. — Comment ! dit le roi des déserts, Tu pourrais à ce point outrager la nature ?

La mère est là qui crie, et tu poursuis, pervers, Tes horribles desseins sur sa progéniture !

Que t'a fait ce pauvre innocent, Qui t'offre à peine une bouchée ?

Quoi! ton âme n’est point touchée De sa plainte et de son accent !

De cet accent si lamentable Qu'il me va jusqu’au fond du cœur,

A moi Lion: Vil escroqueur, n

Si je peux te frapper dans ta race exécrable, Je veux en purger l’univers. — Le Vautour, honteux de son crime, Donna la vie à sa victime.

Sans répondre, il allait remonter dans les airs, Quand parut un agneau bondissant avec grâce, Et qu’appelait sa mère. Il passe Non loin de l’orateur. Celui-ci, d’un seul bond, Atteint le malheureux, puis fond Sur la mère... Grands dieux ! deux victimes pour une ! — Comment ! dit le Vautour, toi qui parlais si bien, Foi de qui j’écoutais la morale importune, Toi d’un si tendre cœur ! tu ne respectes rien, Ni l’âge, ni l’amour, ni le fils, ni la mère ; Et j'ai pu ’exaucer ! et ma capture a fui !

Fou que j'étais! tête légère ! — -— Que veux-tu ? je n’avais rien mangé d’aujourd’hui,

Dit l’autre, j'avais le vertige.

Nous trouvons hideux chez autrui

L’égoïsme qui nous dirige.

Page 1