Fables amusantes
LES Fables ont plu de touttems,ce quiparoît par l'estime qu'en ont faite les Sages et les. Philosophes anciens et modernes. Socrate employa les derniers momens de sa vie à mettre celles d'Esope en vers : et Platon, quoiqu'il exclue Homère de sa république, y accorde une place très honorable au FABULISTE PHRYGIEN. Locke, célèbre phi^ losophe Anglais, dit dans son trait^ de V Edîication : Que les FABLES d'ESOPE est le livre le plus propre à divertir et à occuper l'esprit des enfans, et qu'elles peuvent même fournir de bonnes réflexions aux personnes parvenues à la maturité de l'âge.
Il est superflu d'insister sur l'utilité des FABLES : elle est o-énéralement reconnue; j'ajouterai seulement que les sui vantes ne sont pas toutes originales; j'ai tâché de les rendre nouvelles, par les changemens que j'y ai introduits, et de les embellir par le tour que j'ai donné à la narration. Je ne me suis pas mis en peine de présenter de nouveaux acteurs ; ceux qu'on trouve dans les livres m'ont suffi.
Au lieu d'entrer dans des discussions critiques sur le mérite d s auteurs modernes, qui m'ont précédé dans ce genre d' 3crit, je me contenterai de faire quelques remarques sur les principales beautés de l'APOLÔGUE. Ce qui y plait aux personnes de bon goût, et ce qui a toujours de nouveaux agrémens pour elles, c'est une certaine gaieté, un charmiparticulier, un je ne sais quel enjouement,. qui est plus facile à concevoir qu'à expliquer, et dont LA FONTAINE estln meilleur modèle. Je ne prétends pas que mon ouvrage puisse être comparé au sien ; ma plus grande ambition a été d'imiter ce célèbre écrivain, et d'égayer les récits où il m'a semblé que l'action en était susceptible, par des Ijeintures naïves, gracieuses et naturelles, et par des image.'^ riantes, vives et enjouées.
Une source de gaieté dans l'APOLOGUE, c'est de transporter aux animaux des dénominations humaines: comme nnessire Taureau, monsieur Renard, dame Fourmi, &c.'et de leur donner des noms propres: ainsi j'appelle un chat Grippeminaud, Rominagrobis, &c. un singe, Fagotin, &c. un rat, Pi.ongc-maïlle, &c. un âne, 'maître Aliboron, &c. Ce harlinnîe, rliri^é par de ftnc« '•nnvoîif(iirr.«; eomme dit M
ir PREFACE.
DE LA MOTTE, répand une diversité agréabl^ dans les FABLES, et empêche la langueur qui naît de la fréquente répétition de chat, de singe, de rat, &c.
Les réflexions, dit le même auteur, sont encore un de? omemens de la FABLE : mais elles doivent être courtes, et aussi naturelles dans leur expression, qu'amenées natu-
î'ellement par le sujet Dame Fourmi n^est pas paresseuse,
eiïe a raison. — —Un loup rempli de douceur, sHl en est dû tels dans le monde. — ^Un lièvre extrêmement triste et
timide, ils le sont tous. La guerre étant déclarée entre
les animaux et les oiseaux, malgré leur instinct, Us sont aussi
fous que les hommes. Ronge-maille eut beaucoup d'amis,
jen^en doute pas; amis de table, je veux dire ; il y en a beaucoup parmi les hommes^ &c.
Une autre source d'ornement, de plaisir et d'instruction, ce sont les descriptions qui expriment les propriétés des
animaux et leurs divers caractères. Un héron, oiseau qui
a le bec très long et les jambes très hautes. Deux lézards,
animaux ovipares, à quatre pieds et à longue queue. Vous
m'entendez, dit maître Aliboron : Je vous entends très bien, répondit maître Grisou, dressant les oreilles. — r-La guenon,
clignotant des yeux et fronçant les sourcils. Grippeminaud,
le corps applati, la queue alongée et les yeux enflammés, avance d petits pas, &c. ce qui montre l'attitude d'un chat prêt à s'élancer sur une souris. Ces descriptions ajoutent des grâces inexprimables à la FABLE, quand elles sont renfermées dans l'action : les exemples se présentent souvent, mais il isont trop longs pour être insérés ici.
On évite avec soin la fréquente répétition des mots dit-il
— répondit-il — répliqua-t-il qui rendent les Fx\BLES
plattes et languissantes ; et qui sont opposés à cette gaieté;, à cet enjouement, à ce style agréable, naïf et riant, qui doit caractériser ces sortes d'ouvrages.
Dans la Table particulière, après un certain nombre de FABLES, on a omis les mots dont la signification est facile. à savoir, et quelques autres qui s'écrivent de même en Anglais, &c. La nouvelle méthode d'arranger la Table selon l'ordre des FABLES épargnera indubitablement à l'écolier beaucoup de tems et de peine à trouver la vraie signification d'un mot qui en a quelquefois plusieurs. Ou ^a fait quelques petits changemens dans la Morale, don* 'application convenait mieux à la Fablo