‹ Fables amusantesChapitre 1 sur 77 · Fables amusantes · texte numérisé non relu

Fables amusantes

LES Fables ont plu de touttems,ce quiparoît par l'estime qu'en ont faite les Sages et les. Philosophes anciens et modernes. Socrate employa les derniers momens de sa vie à mettre celles d'Esope en vers : et Platon, quoiqu'il exclue Homère de sa république, y accorde une place très honorable au FABULISTE PHRYGIEN. Locke, célèbre phi^ losophe Anglais, dit dans son trait^ de V Edîication : Que les FABLES d'ESOPE est le livre le plus propre à divertir et à occuper l'esprit des enfans, et qu'elles peuvent même fournir de bonnes réflexions aux personnes parvenues à la maturité de l'âge.

Il est superflu d'insister sur l'utilité des FABLES : elle est o-énéralement reconnue; j'ajouterai seulement que les sui vantes ne sont pas toutes originales; j'ai tâché de les rendre nouvelles, par les changemens que j'y ai introduits, et de les embellir par le tour que j'ai donné à la narration. Je ne me suis pas mis en peine de présenter de nouveaux acteurs ; ceux qu'on trouve dans les livres m'ont suffi.

Au lieu d'entrer dans des discussions critiques sur le mérite d s auteurs modernes, qui m'ont précédé dans ce genre d' 3crit, je me contenterai de faire quelques remarques sur les principales beautés de l'APOLÔGUE. Ce qui y plait aux personnes de bon goût, et ce qui a toujours de nouveaux agrémens pour elles, c'est une certaine gaieté, un charmiparticulier, un je ne sais quel enjouement,. qui est plus facile à concevoir qu'à expliquer, et dont LA FONTAINE estln meilleur modèle. Je ne prétends pas que mon ouvrage puisse être comparé au sien ; ma plus grande ambition a été d'imiter ce célèbre écrivain, et d'égayer les récits où il m'a semblé que l'action en était susceptible, par des Ijeintures naïves, gracieuses et naturelles, et par des image.'^ riantes, vives et enjouées.

Une source de gaieté dans l'APOLOGUE, c'est de transporter aux animaux des dénominations humaines: comme nnessire Taureau, monsieur Renard, dame Fourmi, &c.'et de leur donner des noms propres: ainsi j'appelle un chat Grippeminaud, Rominagrobis, &c. un singe, Fagotin, &c. un rat, Pi.ongc-maïlle, &c. un âne, 'maître Aliboron, &c. Ce harlinnîe, rliri^é par de ftnc« '•nnvoîif(iirr.«; eomme dit M

ir PREFACE.

DE LA MOTTE, répand une diversité agréabl^ dans les FABLES, et empêche la langueur qui naît de la fréquente répétition de chat, de singe, de rat, &c.

Les réflexions, dit le même auteur, sont encore un de? omemens de la FABLE : mais elles doivent être courtes, et aussi naturelles dans leur expression, qu'amenées natu-

î'ellement par le sujet Dame Fourmi n^est pas paresseuse,

eiïe a raison. — —Un loup rempli de douceur, sHl en est dû tels dans le monde. — ^Un lièvre extrêmement triste et

timide, ils le sont tous. La guerre étant déclarée entre

les animaux et les oiseaux, malgré leur instinct, Us sont aussi

fous que les hommes. Ronge-maille eut beaucoup d'amis,

jen^en doute pas; amis de table, je veux dire ; il y en a beaucoup parmi les hommes^ &c.

Une autre source d'ornement, de plaisir et d'instruction, ce sont les descriptions qui expriment les propriétés des

animaux et leurs divers caractères. Un héron, oiseau qui

a le bec très long et les jambes très hautes. Deux lézards,

animaux ovipares, à quatre pieds et à longue queue. Vous

m'entendez, dit maître Aliboron : Je vous entends très bien, répondit maître Grisou, dressant les oreilles. — r-La guenon,

clignotant des yeux et fronçant les sourcils. Grippeminaud,

le corps applati, la queue alongée et les yeux enflammés, avance d petits pas, &c. ce qui montre l'attitude d'un chat prêt à s'élancer sur une souris. Ces descriptions ajoutent des grâces inexprimables à la FABLE, quand elles sont renfermées dans l'action : les exemples se présentent souvent, mais il isont trop longs pour être insérés ici.

On évite avec soin la fréquente répétition des mots dit-il

— répondit-il — répliqua-t-il qui rendent les Fx\BLES

plattes et languissantes ; et qui sont opposés à cette gaieté;, à cet enjouement, à ce style agréable, naïf et riant, qui doit caractériser ces sortes d'ouvrages.

Dans la Table particulière, après un certain nombre de FABLES, on a omis les mots dont la signification est facile. à savoir, et quelques autres qui s'écrivent de même en Anglais, &c. La nouvelle méthode d'arranger la Table selon l'ordre des FABLES épargnera indubitablement à l'écolier beaucoup de tems et de peine à trouver la vraie signification d'un mot qui en a quelquefois plusieurs. Ou ^a fait quelques petits changemens dans la Morale, don* 'application convenait mieux à la Fablo

Page 1