LE VANNEUR ET LE BLÉ
Sur les airées De gerbes dorées Les fléaux, tour à tour, Tombaient depuis le point du jour, Et, sous les épis vides, Les blés de toutes parts Etaient épars ; Mais les graines pertides Bien trop abondamment Se mêlaient au froment.
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Selon son ordinaire, | Pour vanner le grain, Le vanneur s’avance dans l'aire Le front serein ; Il met dans le van et le crible Ivraie et luzerne et blé mûr, Agite tout de son bras sûr, Rejette la graine nuisible, Verse le blé dans le boisseau, Et puis commence de nouveau. Alors il est témoin d’une drôle de chose :
Le blé qu’il veut nettoyer ose Contre lui s’emporter Et dans ces termes l’insulter :
—Fais cesser mon supplice, Misérable tyran !
N’agite plus ce van
Qui devient ton complice.
— Grand Dieu ! dit le vanneur, ai-je bien entendu ? Mais vois donc quelle est ta démence :
Avec la mauvaise semence,
Si tu n’es pas vanné, tu seras confondu.
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