LIVRE CINQUIÈME
C'était toujours une ressource Dans le besoin, Ce fut donc vers ce lieu qu'il dirigea sa course, Il avait faim : il courait fort, Quand on a le confort Jamais on ne se presse, Mais quand on se sent mal La lenteur nous oppresse, Notre souple animal Par une route raccourcie, Sur la neige durcie— Car on était en plein hiver— Atrivait et joyeux et fier, Quand, à la porte d’une étable, I] vit un vieux Coq qui chantait,
—C’est un mets, se dit-il, qui me semble acceptable,
Et naguère on s’en contentait :
Croquons-le tout d’abord et les pigeons ensuite.
Dire et faire c’est deux, même pour un renard. Le vieux coq suspendit, sans attendre plus tard, Son gai couplet et prit la fuite.
Le renard le suivit, Et je crois qu’il allait l’atteindre,
De ©
Quand, tout à coup ,il vit
Sur la neige se peindre Le vol rapide des pigeons.
Aveuglé par la joie,
Il quitte alors sa proie.
— Quel dîner nous nous ménageons !
Se dit-il en lui-même en courant après l'ombre : Ce vieux coq n'avait rien que la plume et la voix ! Parlez-moi des pigeons ! ca pèse et ca fait nombre, Je n’en aurai jamais autant pris à la fois !.…
Tout en monologuant il courait gueule ouverte, Tout alerte ; Or, il courut si follement Qu'il en mourut d’épuisement. .
nn. De
Nous faisons du renard la sottise suprême Lorsque, les yeux fixés sur le monde trompeur, Nous prenons l'ombre du bonheur Pour le bonheur lui-même.
til ï (M HT) RS :
FABLE VI
re :
Voix !
ombre, LA BELETTE ET LE HIBOU al te, Un hibou vaniteux, reployant sa grande aile, Vint s'arrêter près d’un ruisseau : | —Si lc miroir de l’onde est aujourd’hui fidèle, Je suis, pensa-t-il, vraiment beau.
Et, comme il s’admirait, rajustant sa toilette, ur, Une belette Se glissa parmi les roseaux Et vint boire aux limpides euux. | } \
nds ÉD he ae
— Belette, mon amie, Lui cria le hibou, Combien triste pour toi doit paraître la vie ! Tu rampes sur la terre et n’habites qu’un trou. Je maudirais le sort si j'étais à ta place, Et, loin de m’admirer dans ce calme miroir, Je me noierais de désespoir!
—Je vous répondrai sans fallace,
Dit, en levant son fin museau,
La belette au vilain oiseau ;
Je n'ai point d'ailes, point de plume ; N'en ayant jamais eu Je n’en ai pas besoin :
Au reste je n'ai pas coutume
De chercher te bonheur bien loin.
Puis dans le danger je me sauve
Mieux que l’oiseau, mieux que le fauve,
Voyez : un chasseur vient, adieu !
Se fourrant au milieu De l’épaisse fougère, La belette légère
A ces mots disparut.