LIVRE PREMIER
—Oh! que le monde est grand! l’immensité m’atterre — Reprit-elle en touchant le tapis de velours D'une chambre fort bien meublée— Je suis brave pourtant et je me sens troublée… | Mais n'importe, avancons! ajouta-t-elle encor. |
Et la voilà partie. Elle trotte sans cesse ;
Elle monte et descend, se trémousse et s’empresse, Touche à tout: aux plaqués, aux faïences, à l'or, Sans accident jamais ni rencontre fâcheuse,
Mais il n’est ici bas de bonheur si constant Qu'il ne soit, à la fin, rompu pour un instant, Et notre voyageuse Glissa dans un vase profond, Elle crut, tout d’abord, qu’elle pourrait sans peine Sortir, d’un bond, De ce vase de porcelaine.
Ses pattes ne mordirent pas Sur la paroi polie. 1 Elle vit sa folie, Mais cela ne pouvait la tirer d’embarras.
Le hasard fit descendre auprès d’elle une mouche.
—Sauve-moi, lui dit-elle, et que mon sort te touche, Nous ferons amitié ; J'ai fameuse mémoire Et je me ferai gloire De chanter ta pitié.
La mouche qui n’est pas, après tout, fort méchante, Bien qu’elle chante En nous piquant, Prend la captive en croupe . Et, se moquant Des hauteurs de la coupe, L'emporte, d’un coup d’aile, assez loin du danger. On se sépare alors, mais non sans échanger Une bonne parole.
La voyageuse trotte et la mouche s'envole.
A quelque temps de là, tout en l'air, dans un coin, Une araignée, au milieu de sa toile, Epicit avec soin, Comme à travers un voile, Les mouches de l'appartement, Et tout à coup, bonne fortrne !
Elle en vit une Qui s’engagceait imprudemment t s’empôtrait dans son fil traître.