LIVRE PREMIER
—Que se soit le premier Qui touchera la rive, Dit d’une voix craintive Le timide castor.
—Tu ne penses qu’à toi, malheureux amphibie !
Renonce à ta lubie ; Pour cette course-là tu peux attendre encor, Réplique durement une méchante hyène.
— Pas de gêne :
Que chacun, mes amis, s'exprime à sa facon :
1 faut donner à l’homme une bonne lecon, Dit un grand orignal en branlant sa ramure.
Un long murmure Accueïllit ce discours en trois ou quatre mots. Les prétendants allaient se montrer aussi sots
Que les hommes eux-mêmes En ne s’entendant point sur l’objet du combat, Et le débat Commencait à traîner en des longueurs extrêmes, Quand un aigle orgueilleux, Ouvrant ses larges ailes,
Fr
| Du haut du rocher sourcilleux | Les plaisanta sur leurs querelles.
| — Nous sommes bafoués par cet impertinent, À Dit un jeune lion, secouant sa crinière; Vengeons-nous donc incontinent En allant le chasser de sa retraite altière,
Et le premier rendu, —
Que ce soit entendu, — Sur son front anobli mettra le diadème.
Aussitôt dit aussitôt accepté.
Chacun voulant saisir l'autorité suprême, | S’élance avec impétuosité A l'assaut de la côte Abrupte et haute. Mais que de vains efforts ! que d’efforts malheureux ! Les pieds et les genoux des plus aventureux | Se déchirent sans cesse aux angles de la roche ; Au moment qu’il approche, Hilas ! plus d'un héros Tombe et se rompt les o3.
f Cependant un serpent se glisse avec prudence Parmi la mousse dense