LES DEUX VOISINES ET LA MORT
Deux voisines causaient. C’est bien dans la coutume. Ce qui le serait peu—du moins je le présume Et je le dis tout bas— ;
Serait d'en trouver deux qui ne causeraient pas. Deux voisines causaient de mille et mille choses,
Se plaignaient surtout de leur sort,
Croyaient les autres sur des roses
Et, sans vouloir leur faire tort, Auraient bien désiré d'échanger avec elles
Leur insupportable destin.
L'une trouvait pourtant des heures assez belles Pour compenser certain chagrin ; L'autre, tout au contraire, Ne voyait pas comment On pouvait décemment Un instant se complaire Dans un monde pareil.
— Oui, depuis que je vois la face du soleil, Disait-elle d’une voix sourde, Je traîne, hélas ! tu le sais bien, Une chaîne affreusement lourde !
L'autre ajoutait :—C'est vrai; mais moi m’ai-je done rien ? Les veilles, le travail, et puis la maladie ?