LIVRE TROISIÈME
On se prend dans son propre piége ; On veut laisser d’autres debout Et l’on perd soi-même son siége.
D'une chauve-souris
Ecoutez l'aventure ; :
Votre douce nature Lui prêtera le coloris.
—Je ne suis point, mes sœurs, vile, ni flagorneuse ; \ À Je ne viens point faire ma cour— A Dit la chauve-souris, un jour, En pliant avce soin son aile membraneuse, — Or, les moineaux, nos ennemis, | M'ont, tout à l'heure encor, promis | De me faire heureusement vivre, | Si je voulais ici les suivre Pour vous déposséder ; Mais je ne veux pas les aider,
C’était aux souris véritables 4 Que la chauve-souris parlait comme cela ; Elle ne contait là | Que des mensonges détestables,
Et désirait pour ce brandon
Un prix quelconque, un léger don.
Elle l’obtint à l'instant même.
Ensuite elle vola vers les petits moineaux,
Et, se servant toujours du même stratagème :
— Mes frères les oiseaux, Vous connaissez, dit-elle, Mon amitié fidèle ; Défiez-vous sans cesse ou vous êtes finis :
Les souris ont juré de surprendre vos nids.
Elles ont osé tout promettre Si je voulais enfin dans leurs mains vous remettre ; Je leur ai montré du courroux,
Car Je suis oiseau comme vous.
Cette nouvelle fourberie
Eut aussi beaucoup de succès.
On la paya sans ladrerie ;
Et puis on tint un grand congrès
Comme moineau n’en voit plus guère.
Le] Il y fut décidé d'aller porter la guerre Chez les souris sans foi.
Comme on allait prendre les armes, On entendit de grands vacarmes Et le camp fut rempli d’émoi,