‹ Fables choisies de La FontaineChapitre 60 sur 68 · PHILÉ.MON · texte numérisé non relu

PHILÉ.MON

Ensomblc nous mourrions eu servant vos autels ;

Clothou feroit d’un coup ce double sacrifice;

D’aufles mains nous rendraient un vain et triste office Je ne pleurerois point celle-ci (r) , ni ses yeux Ne troubleroient non plus de leurs larmes ces lieux.

.1 upiter à ce vœu fut encor favorable.

Mais oserai-je dire un fait presque incroyable?

Un jour qu’assis tous deux dans le sacré parvis Ils contoient celte histoire aux pèlerins ravis,

La troupe à l’entour d’eux ( 2 ) debout prêtoit l’oreille ; Philémon leur disoit : Ce lieu plein de merveille N'a pas toujours servi de temple aux. immortels |i Un bourg étoit autour ennemi des autels,

Gens barbares, gens durs, habitacle (3) d’impies;

I)u céleste courroux tous furent les hosties (4).

Tl ne resta que nous d’uu si triste débris :

Vous en verrez bientôt la suite en nos lambris;

Jupiter l’y peignit. En contant ces annales, l’bilémon regardoit Bauçis par intervalles;

Elle devenoit arbre, et lui tendoit les bras:

H veut lui tendre aussi les siens, et ne peut pas..

Il veut parler, l’écorce a sa langue pressée.

L'un et l’autre se dit adieu de la pensée:

Le corps n’est tantôt plus (5) que feuillage et que bois. D’étonnement la troupe , ainsi qu’eux , perd la voix. Même instant, même sort à leur fin les entraîne;

Baucis devient tilleul , Philémon devient chêne.

On les va voir encore, afin de mériter Ce bonheur vertueux qu’hymen leur fit goûter.

Us courbent sous le poids des offrandes sans nombre. Pour peu que des époux séjournent sous leur ombre.

Ils s’aiment jusqu’au bout, malgré l’effort dçs ans.

Ah! si... (6). Mais autre part j’ai porté mes présens.

(tl Enjambement désagréable.

(a) Incorrection. On ne dit pas à V entour de. A l’entour est un adverbe, et ne peut avoir de régime.

(3; Habitacle pour demeure. Peu usité.

(4) Victimes.

f Js) Tantôt plus , pour bientôt plus. Il est familier.

|6) Réticence touchante par laquelle le poète fait allusion au peu d'union qui régna entre lui et sa femme-

ET ftAUClS. 555

Célébrons seulement cette métamorphose.

l)e fkleles témoins m’ayant conté la chose ,

Clio (i) me conseilla de l’éleudre eu ces vers .

( )ui pourront quelque jour l'apprendre à l’univers. (Quelque jour on verra chez les races futures ,

Sous l’appui d’un grand nom , passer ces aventures. Vendôme , consentez au los que j’en attends :

Faites-moi triompher de l’envie et du temps ;

Enchaînez- ces démons , que sur nous ils n’attentent , Ennemis des héros et de ceux qui les chantent.

Je voudrais pouvoir dire en un. style assez haut Qu’ayant mille vertus , vous m’avez nul défaut.

Toutes. les. célébrer seroit œuvre infinie ;

L’entreprise demande un plus, vaste génie :

Car quel mérite enfin ne vous fait estimer?

Sans parler de celui qui force à vous aimer.

Vous joignez à ces dons l’amour des beaux ouvrages i Vous y joignez un goût plus sûr que nos suffrages ,

Don du ciel qui peut seul tenir lieu des présens Que nous fout à regret le travail et les ans. l'eu de gens élevés , peu d’autres encor même ,

Font voir par ces faveurs que Jupiter les aime.

Si quelque enfant des Dieux les possède, c’est vous;

Je l’ose dans ces vers soutenir devaut tous.

Clio , sur son giron , à l’exemple d’Homère,

Vient de les retoucher, attentive à vous plaire :

Ou dit qu’elle et ses sœurs , par l’ordre d’Apollon , Transportent dans Anet (a) tout le sacré vallon.

Je le crois. Puissions-nous chanter sous les ombrages Des arbres.dont ce lieu va border ses rivages ! i*uissent-ils tout d’un coup élever leurs sourcils.

Comme on vit autrefois Phitémon et Baucis !

(t) Muse «le l’histoire.

( 2 ) Château de monseigneur le duc de Vendôme.,

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