‹ Fables choisies. [Edited] by Leon DelbosChapitre 18 sur 141 · XXI. LE LIÈVRE ET LES GRENOUILLES · texte numérisé non relu

XXI. LE LIÈVRE ET LES GRENOUILLES

Un lièvre en son gîte songeait, (Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe?) Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait: Cet animal est triste, et la crainte le ronge. 5 Les gens de naturel peureux

Sont, disait-il, bien malheureux!

Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite : Jamais un plaisir pur; toujours assauts divers. Voilà comme je vis : cette crainte maudite 10 M'empêche de dormir sinon les yeux ouverts. Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.

Eh ! la peur se corrige-t-elle ?

Je crois même qu'en bonne foi

Les hommes ont peur comme moi.

15 Ainsi raisonnait notre lièvre.

Et cependant faisait le guet.

Il était douteux, inquiet:

Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.

Fables de Lafontaine. 19

Le mélancolique animal, 20 En rêvant à cette matière,

Entend un léger bruit: ce Ixà fut un signal

Pour s'enfuir devers sa tanière.

Il s'en alla passer sur le bord d'un étang. Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes; 25 Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes. Oh! dit-il, j'en fais faire autant Qu'on m'en fait faire ! Ma présence Effraie aussi les gens ! je mets l'alarme au camp ! Et d'où me vient cette vaillance ?

30 Comment! des animaux qui tremblent devant moi! Je suis donc un foudre de guerre!

Il n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre Qui ne puisse trouver un plus porton que soi.

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