‹ Fables choisies. [Edited] by Leon DelbosChapitre 2 sur 141 · IV. LES DEUX MULETS · texte numérisé non relu

IV. LES DEUX MULETS

Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé

L'autre portant l'argent de la gabelle.

Celui-ci, glorieux d'une charge si belle, N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé. 5 II marchait d'un pas relevé,

Et faisait sonner sa sonnette; Quand l'ennemi se présentant, Comme il en voulait à l'argent, Sur le mulet du fisc une troupe se jette, 10 Le saisit au frein, et l'arrête.

Le mulet, en se défendant, Se sent percer de coups; il gémit, il soupire. Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis? Ce mulet qui me suit du danger se retire; 15 Et moi j'y tombe, et je péris!

Ami, lui dit «on camarade, Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi : Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi. Tu ne serais pas si malade.

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