‹ Fables choisies. [Edited] by Leon DelbosChapitre 25 sur 141 · XXVIII. L'IVROGNE ET SA FEMME · texte numérisé non relu

XXVIII. L'IVROGNE ET SA FEMME

Chacun a son défaut, où toujours il revient: Honte ni peur n'y remédie.

Sur ce propos, d'un conte il me souvient Je ne dis rien que ye n'appuie

Fables de Lafontaine. 27

5 De quelque exemple. Un suppôt de Bacchus

Altérait sa santé, son esprit, et sa bourse: Telles gens n'ont pas fait la moitié de leur course

Qu'ils sont au bout de leurs écus.

Un jour que celui-ci, plein du jus de la treille, 10 Avait laissé ses sens au fond d'une bouteille, Sa femme l'enferma dans un certain tombeau.

Là, les vapeurs du vin nouveau Cuvèrent à loisir. A son réveil il trouve L'attirail de la mort à l'entour de son corps, 15 Un luminaire, un drap des morts.

Oh! dit-il, qu'est ceci? Ma femme est-elle veuve? Là-dessus, son épouse, en habit d'Alecton, Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton. Vient au prétendu mort, approche de sa bière, 20 Lui présente un chaudeau propre pour Lucifer. L'époux alors ne doute en aucune manière

Qu'il ne soit citoyen d'enfer.

Quelle personne es-tu? dit-il à ce fantôme. La cellérière du royaume 25 De Satan, reprit-elle; et je porte à manger A ceux qu'enclôt la tombe noire.

Le mari repart, sans songer:

Tu ne leur portes point à boire ?

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