‹ Fables choisies. [Edited] by Leon DelbosChapitre 45 sur 141 · XLVIII. LES OREILLES DU LIÈVRE · texte numérisé non relu

XLVIII. LES OREILLES DU LIÈVRE

Un animal cornu blessa de quelques coups Le lion, qui, plein de courroux, Pour ne plus tomber en la peine.

Bannit des lieux de son domaine

Fables de Lafontaine. 47

5 Toute bête portant des cornes à son front. Chèvres, béliers, taureaux, aussitôt délogèrent; Daims et cerfs de climat changèrent:

Chacun à s'en aller fut prompt.

Un lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles, 10 Craignit que quelque inquisiteur

N'allât interpréter à cornes leur longueur, Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles. Adieu, voisin grillon, dit-il; je pars d'ici. Mes oreilles enfin seraient cornes aussi, 15 Et quand je les aurais plus courtes qu'une autruche, Je craindrais même encor. Le grillon repartit: Cornes cela ! Vous me prenez pour cruche ! Ce sont oreilles que Dieu fit.

On les fera passer pour cornes, 20 Dit l'animal craintif, et cornes de licornes.

J'aurai beau protester; mon dire et mes raisons Iront aux Petites-Maisons.

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