LXI. LE CHARTIER EMBOURBÉ
Le Phaéton d'une voiture à foin Vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin De tout humain secours: c'était à la campagne, Près d'un certain canton de la basse Bretagne, 5 Appelé Quimper-Coreutin.
On sait assez que le Destin Adresse là les gens quand il veut qu'on enrage.
Dieu nous préserve du voyage !
Pour venir au chartier embourbé dans ces lieux, 10 Le voilà qui déteste et jure de son mieux, Pestant, en sa fureur extrême, Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux,
Contre son char, contre lui-même.
Il invoque à la fin le dieu dont les travaux 15 Sont si célèbres dans le monde:
Hercule, lui dit-il, aide-moi ; si ton dos A porté la machine ronde.
Fables de Lafontaine. 57
Ton bras peut me tirer d'ici.
Sa prière étant faite, il entend dans la nue 20 Une voix qui Ivâ parle ainsi:
Hercule veut qu'on se remue, Puis il aide les gens. Eegarde d'où provient L'achoppement qui te retient; Ote d'autour de chaque roue 25 Ce malheureux mortier, cette maudite boue Qui jusqu'à l'essieu les enduit; Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit; Comble-moi cette ornière. As-tu fait? Oui, dit l'homme. Or bien je vas t'aider, dit la voix; prends ton fouet. 30 Je l'ai pris . . . Qu'est ceci? mon char marche à souhait! Hercule en soit loue'! Lors la voix: Tu vois comme Tes chevaux aisément se sont tirés de là.
Aide-toi, le ciel t'aidera.