L. I. F. IX
Vm. LE LOUP ET L'AGNEAU.
La raison du plus fort est toujours la meilleure: Nous Talions montrer tout à l'heure.
Un agneau se de'saltérait Dans le courant d'une onde pure.
5 Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait.
Q,ui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage:
Tu seras châtié de ta témérité.
10 Sire, répond l'agneau, que votre majesté Ne se mette pas en colère; Mais plutôt qu'elle considère
Fables de Lafontaine. 7
Que je me vas désaltérant Dans le courant 15 Plus de vingt pas au-dessous d'elle;
Et que par conséquent, en aucune fa(^on,
Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles! reprit cette bête cruelle; Et je sais que de moi tu médis l'an passé. 20 Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né?
Reprit l'agneau, je tette encor ma mère. —
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens; Car vous ne m'épargnez guère, 25 Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit: il faut que je me venge. Là-dessus, au fond des forêts Le loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès.