‹ Fables choisies. [Edited] by Leon DelbosChapitre 70 sur 141 · LXXIII. L'ÉCOLIER, LE PÉDANT, ET LE MAITRE D'UN JARDIN · texte numérisé non relu

LXXIII. L'ÉCOLIER, LE PÉDANT, ET LE MAITRE D'UN JARDIN

Certain enfant qui sentait son collège, Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge et par le privile'ge Qu'ont les pédants de gâter la raison, 5 Chez un voisin dérobait, ce dit-on,

Et fleurs et fruits. Ce voisin, en automne. Des plus beaux dons que nous offre Pomone Avait la fleur, les autres le rebut.

Chaque saison apportait son tribut, 10 Car au printemps il jouissait encore

Des plus beaux dons que nous présente Flore. Un jour dans son jardin il vit notre écolier, Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier. Gâtait jusqu'aux boutons, douce et frêle espérance, 15 Avant-coureurs des biens que promet l'abondance: Môme il ébranchait l'arbre; et fit tant à la fin

Que le possesseur du jardin Envoya faire plainte au maître de la classe. Celui-ci vint suivi d'un cortège d'enfants: 20 Voilà le verger plein de gens

Pires que le premier. Le pédant, de sa grâce. Accrut le mal en amenant Cette jeunesse mal instruite:

Le tout, à ce qu'il dit, pour faire un châtiment 25 Qui pût servir d'exemple, et dont toute sa suite Se souvînt à jamais comme d'une leçon.

Là-dessus il cita Yirgile et Cicéron,

Fables de La fontaine. 73

Avec force traits de science.

Son discours dura tant, que la maudite engeance 30 Eut le temps de gâter en cent lieux le jardin.

Je hais les pièces d'éloquence Hors de leur place, et qui n'ont point de fin;

Et ne sais bete au monde pire Que l'écolier, si ce n'est le pédant.

35 Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire, Ne me plairait aucunement.

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