‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 19 sur 98 · LE CURÉ ET LE MORT · texte numérisé non relu

LE CURÉ ET LE MORT

Un Mort s'en alloit triftement S’emparer de fon dernier gîte:

Un Curé s'en alloit gaiment Enterrer ce Mort au plus vite.

Notre Défunt étoit en carrofle porté, Bien & dûment empaqueté, Et vêtu d'une robe, hélas! qu'on nomme biére, Robe d'hyver, robe d'été, Que les morts ne dépouillent guére.

Le Pafteur étoit à côté, Et récitoit à l'ordinaire Maintes dévotes oraifons, Et des pfeaumes & des leçons, Et des verfets & des répons.

Monfieur le Mort, laiflez-nous faire, On vous en donnera de toutes les façons:

Il ne s'agit que du falaire.

Meffire Jean Chouart couvoit des yeux fon Mort, Comme fi l’on eût dû lui ravir ce tréfor; Et, des regards, fembloit lui dire : | Monfieur le Mort, j'aurai de vous, Tant en argent, & tant en cire, Et tant en autres menus coûts.

Il fondoit là-deflus l'achat d’une feuillette Du meilleur vin des environs :

Certaine niéce affez proprette, Et fa chambriere Päquette Devoient avoir des cotillons.

Sur cette agréable penfée Un heurt furvient : adieu le char.

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