‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 30 sur 98 · UN ANIMAL DANS LA LUNE · texte numérisé non relu

UN ANIMAL DANS LA LUNE

Pendant qu'un Philofophe aflure, Que toujours par leurs fens les hommes font dupés, Un autre Philofophe jure Qu'ils ne nous ont jamais trompés.

Tous les deux ont raifon; & la Philofophie Dit vrai, quand elle dit, que les fens tromperont Tant que {ur leur rapport les hommes jugeront. Mais auf, fi l’on reifie L'image de l’objet fur fon éloignement, Sur le milieu qui l’environne, Sur l'organe & fur l’inftrument, Les fens ne tromperont perfonne. | La nature ordonna ces chofes fagement : Ê ce et J'en dirai quelque jour les raifons amplement. J'apperçois le foleil: quelle en eft la figure? Ici bas ce grand corps n'a que trois pieds de tour: Mais fi je le voyois là-haut dans fon féjour, Que feroit-ce à mes yeux que l'œil de la nature? Sa diftance me fait juger de fa grandeur:

Sur l'angle & les côtés ma main la détermine. L'ignorant le croit plat, j'épaiflis fa rondeur: Je le rends immobile; & la terre chemine.

Bref, je déments mes yeux en toute fa machine. Ce fens ne me nuit point par fon illufion.

Mon ame, en toute occafion, Développe le vrai caché fous l'apparence.

Je ne fuis point d'intelligence Avecque mes regards peut-être un peu trop prompts, Ni mon oreille lente à m'apporter les fons.

. Quand l’eau courbe un bâton » Ma raifon {e redreffe:

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