‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 33 sur 98 · Tome III. + M · texte numérisé non relu

Tome III. + M

Me FABLES CHOISIES

Ma femthe ne veut pas que je parte fans elle: Il me refte à pourvoir un arriere-neveu :

Souffrez qu'à mon logis jajoûte encore une aîle. Que vous êtes preffante, Ô Déeffe cruelle!

Vieillard, lui dit la Mort, je ne t'ai point furpris. Tu te plains fans raifon de mon impatience.

Eh! n'as-tu pas cent ans? trouve-moi dans Paris Deux mortels aufli vieux, trouve-m'en dix en France. Je devois, ce dis-tu, te donner quelque avis Qui te difpofat à la chofe:

J'aurois trouvé ton teftament tout fait, Ton-petit fils pourvû, ton bâtiment parfait.

Ne te donna-t-on pas des avis, quand la caufe Du marcher & du mouvement, Quand les efprits, le fentiment, Quand tout faillit en toi? plus de goût, plus d’ouïe: Toute chofe pour toi femble être évanouïe:

Pour toi l’aftre du jour prend des foins fuperflus: Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus. __ Je t'ai fait voir tes camarades, Ou morts, ou mourans, ou malades.

Qu'eft-ce que tout cela, qu'un avertiflement ? Allons, vieillard, & fans réplique :

Il n'importe à la république | Que tu faffes ton teftament.

La Mort avoit raifon: je voudrois qu'à cet âge On fortit de la vie ainfi que d’un banquet, . Remerciant fon hôte; & qu'on fit fon paquet : Car de combien peut-on retarder le voyage:

Tu murmures, vieillard: vois ces jeunes mourir , Vois-les marcher, vois-les courir À des morts, il eft vrai, glorieufes & belles, Mais fûres cependant, & quelquefois cruelles, J'ai beau te le crier, mon zele eft indifcret : Le plus femblable aux morts, meurt le plus à regret.

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