AD LE- XX VIL
Le Loup ET LE CHASSEUR.
Fureur d’accumuler, monîftre de qui les yeux Regardent-comme un paint tous les bienfaits des Dieux, Te combattrai-je en vain fans cefle en cet ouvrage : Quel temps demandes-tu pour fuivre mes leçons L'homme -fourd à ma voix, comme à celle du fage, Ne dira-t-il jamais: c’eft aflez, jouiflons!
HÂte-toi, mon ami: tu nas pas tant à vivre.
Je te rebats ce mot, car il vaut tout un livre.
Jouis. Je le ferai. Mais quand donc? Dés demain. Eh! mon ami, la moïtt te peut prendre en chemin. Jouis dès aujourd’hui : redoute un fort femblable
A celui du Chafleur & du Loup de ma Fable.
Le premier, de fon arc avoit mis bas un daim.
Un fan de biche pañle, & le voilà foudain
Compagnon du défunt; tous deux gifent fur l'herbe.
La proie étoit honnête; un daim affec un fan!
Tout modefte chafleur en eût été content.
Cependant un fanglier, monfire énorme & fuperbe,
Tente encor notre archer, friand de tels morceaux.
Autre habitant du Styx: la parque & fes cifeaux
Avec peine y mordoient ; la déefle infernale
Reprit à pluñeurs fois l'heure au monftre fatale:
De la force du coup pourtant il s'abattit.
C'étoit affez de biens; mais quoi? rien ne remplit
Les vaftes appétits d’un faifeur de conquêtes.
Dans le temps que le porc revient à foi, l’archer.
Voit le long d'un fillon ‘une perdrix marcher, Surcroît chetif aux autres têtes.
De fon arc toutefois ilbande les reflorts.