‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 80 sur 98 · LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE · texte numérisé non relu

LA SOURIS MÉTAMORPHOSÉE EN FILLE

Une Souris tomba du bec d’un chat-huant:

Je ne l'euffe pas ramaffée; Mais un bramin le fit: je le crois aifément.

Chaque pays a fa penfée.

La Souris étoit fort froiflée:

De cette forte de prochain Nous nous foucions peu: mais le peuple bramin Le traite en frere. Ils ont en tête Que notre ame, au fortir d’un roi, Entre dans un ciron, ou dans telle autre bête Qu'il plaît au fort: c’eft-Rà l’un des points de leur loi. Pythagore chez eux a puifé ce myftere.

Sur un tel fondement le bramin crut bien faire De prier un forcier qu’il logeât la Souris Dans un corps qu'elle eût eu pour hôte au temps jadis. Le forcier en fit une fille De l’âge de quinze ans, & telle & fi gentille, Que le fils de Priam pour elle auroit tenté Plus encor qu'il ne fit pour la grecque beauté. Le bramin fut furpris de chofe fi nouvelle.

Il dit à cet objet fi doux:

Vous navez qu'à choifir; car chacun eft jaloux De l'honneur d’être votre époux.

En ce cas je donne, dit-elle, Ma voix au plus puiffant de tous.

Soleil, s’écria lors Le bramin à genoux, C'eft toi qui feras notre gendre.

Non, dit-il: ce nuage épais Eft plus puiflant que moi, puifqu’il cache mes traits; Je vous confeille de Le prendre.

E LV REUEINE UV:IÆC ME:

Et bien, dit le bramin au nuage volant, Es-tu né pour ma Fille? hélas! non; car le vent Me chaffe à fon plaïfir de contrée en contrée: Je n’entreprendrai point fur les droits de Borée. Le bramin fâché, s'écria:

O vent donc, puifque vent y a, Viens dans les bras de notre Belle.

Il accouroit: un mont en chemin l’arrêta.

L’étœuf pañlant à celui-là, Il le renvoye, & dit: j'aurois une querelle Avec le rat; & l’offenfer Ce feroit être fou, lui qui peut me percer.

Au mot de rat, la Demoifelle Ouvrit l'oreille; il fut l'époux:

Un rat! un rat: c'eft de ces coups Qu'amour fait, témoin telle & telle:

Mais ceci foit dit entre nous.

On tient toujours du lieu dont on vient; cette fable Prouve affez bien ce point : mais à la voir de près, Quelque peu de fophifme entre parmi fes traits : Car quel époux n'eft point au foleil’ préférable, En s’y prenant ainfi? Dirai-je qu'un géant Eft moins fort qu'une puce? elle le mord pourtant, Le rat devoit aufli renvoyer, pour bien faire, La Belle au chat, le chat au chien, Le chien au loup. Par le moyen De cet argument circulaire, Pilpay jufqu'au foleil eût enfin remonté ; Le foleil eût joui de la jeune beauté.

Revenons, s'il fe peut, à la métempfycofe:

Le forcier du bramin fit fans doute une chofe Qui, loin de la prouver, fait voir fa faufleté. Je prends droit là-deflus contre le bramin même : Car il faut, felon fon fyftême, Que l’homme, la Souris, le ver, enfin chacun

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