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FABLE VII
LE Fou QUI VEND LA SAGESSE.
Jamais auprès des Fous ne te#mets à portée:
Je ne te puis donner un plus fage confeil.
Il n'eft enfeignement pareil À celui-là de fuir une tête éventée.
| On en voit fouvent dans les cours. - Le prince y prend plaifir ; car ils donnent toujours Quelques traits aux fripons, aux fots, aux ridicules.
Un Fol alloit criant par tous les carrefours Qu'il vendoit la fagefle; & les mortels crédules De courir à l'achat: chacun fut diligent.
On efluyoit force grimaces:
Puis, on avoit pour {on argent, Avec un bon foufllet, un fil long de deux braffes. La plûpart s’en fâchoient; mais que leur fervoit-ili C'étoient les plus moqués: le mieux étoit de rire, Ou de s’en aller, fans rien dire, . Avec fon foufflet & fon fil.
De chercher du fens à la chofe, On fe fût fait fier ainfi qu'un ignorant. »
La raifon eft-elle garant De ce que fait un Fou? le hafard ef la* caufe De tout ce qui fe pafle en un cerveau bleffé. Du fil & du foufilet pourtant embamañlé, | Un des dupes un jour alla trouver un fage, Qui, fans héfiter davantage, Lui dit: ce font ici hiéroglyphes tout purs.
Les gens bien confeillés, & qui voudront bien faire, Entre eux & les gens fous mettront, pour l'ordinaire,
124 FABLÉS CHOTSIES.
La longueur de ce fil: finon, je les tiens fürs De quelque femblable carefe.
Vous n'êtes point trompé, ce Fou vend la Sageffe.