‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 88 sur 98 · JUPITER ET LE PASSAGER · texte numérisé non relu

JUPITER ET LE PASSAGER

O combien le péril enrichiroit les dieux, Si nous nous fouvenions des vœux qu'il nous fait faire! Mais, le péril pañlé, l’on ne fe fouvient guére De ce qu’on a promis aux cieux:

On compte feulement ce qu’on doit à la terre. Jupiter, dit l’impie, eft un bon créancier:

Il ne fe fert jamais d'Huiflier.

Eh qu’eft-ce donc que le tonnerrei Comment appellez-vous ces avertiffemens ? |

Un Paflager pendant l'orage,

Avoit voué cent bœufs au vainqueur des titans,

Il n’en avoit pas un: vouer cent éléphans N’auroit pas coûté davantage.

Il brûla quelques os quand il fut au rivage.

Au nez de Jupiter la fumée en monta.

Sire Jupin; dit-il, prends mon vœu, le voilà:

C’eft un parfum de bœuf que ta grandeur refpire,

La fumée eft ta part: je ne te dois plus rien, | Jupiter fit femblant de rire:

Mais après quelques jours le dieu l’attrapa bien, Envoyant un fonge lui dire

Qu'un tel tréfor étoit en tel lieu. L'homme au vœu Courut au tréfor comme au feu.

Il trouva des voleurs: & n'ayant dans fa bourfe Qu'un écu pour toute reffource , Il leur promit cent talens d'or, Bien comptés & d'un tel tréfor :

On l'avoit enterré dedans telle bourgade.

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