‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 92 sur 98 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

LE MaARïI, LA FEMME ET LE VOLEUR.

Un Mari fort amoureux , Fort amoureux de fa Femme, Bien quil fût jouifflant, fe croyoit malheureux. Jamais œillade de [a Dame, Propos flatteur & gracieux, Mot d'amitié, ni doux fourire, Déifiant le pauvre fire, N'avoient fait foupçonner qu'il fût vraiment chéri. | Je le crois, c’étoit un Mari.

Il ne tint point à l'hymenée Que, content de fa deftinée, Il n'en remerciât les dieux.

Mais quoi? fi l'amour n’affaifonne Les plaifirs que l’hymen nous donne, Je ne vois pas qu'on en foit mieux.

Notre Époufe étant donc de la forte bâtie, Et n'ayant careflé fon Mari de fa vie, Il en faifoit fa plainte une nuit. Un Voleur Interrompit la doléance. | La pauvre Femme eut fi grand peur, Qu'elle chercha quelque aflurance Entre les bras de fon Époux.

Ami Voleur, dit-il, fans toi ce bien fi doux Me feroit inconnu. Prends donc en récompenfe Tout ce qui peut chez nous être à ta bienféance: Prends le logis auffi. Les Voleurs ne font pas | Gens honteux, ni fort délicats:

Celui-ci fit fa main. J'infére de ce conte - Que la plus forte paflon, C’eft la peur: elle fait vaincre l'averfion ;

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Et l'amour quelquefois : quelquefois il la domte: J'en ai pour preuve cet amant,

Qui brûla fa maifon pour embrafler fa dame, L'emportant à travers la flamme.

J'aime aflez cet emportement :

Le conte m'en a plû toujours infiniment:

‘IL eft bien d’une ame efpagnole, :

Et plus grande encore que folle.

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