‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 61 sur 120 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

FABLE Viit LA QUERELLE DES CHIENS ET DES CHATS, ET CELLE DES CHATS ET DES SOURIS.

La difcorde a toujours régné dans l'univers : | Notre monde en fournit mille exemples divers. Chez nous cette déefle a plus d’un tributaire. Commençons par les Élémens :

Vous ferez étonné de voir qu’à tous motnens Ils feront appointés contraire.

Outre ces quatre potentats, Combien d'êtres de tous états Se font une guerre éternelle ?

Autrefois un logis plein de Chiens & de Chats,

Par cent arrêts rendus en forme folemnelle, Vit terminer tous fleurs débats.

Le maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas,

Et menacé du fouet quiconque auroit querelle,

Ces animaux vivoient entr'eux comme coufins :

Cette union fi douce, & prefque fraternelle, w Édifioit tous les voifins.

Enfin elle ceffa. Quelque plat de potage,

Quelque os, par préférence, à quelqu'un d’eux donné,

Fit que l’autre parti s'en vint tout forcené

| Repréfenter un tel outrage.

J'ai vû des croniqueurs attribuer le cas

Aux pañle-droits qu'avoit une Chieñne en géfine; Quoi qu'il en foit, cet altercas

Mit en combuftion la falle & la cuifine:

Chacun fe déclara pour fon Chat, pour fon Chien.

On fit un réglement dont les Chats fe plaignirent, Et tout le quartier étourdirent,

Leur Avocat difoit, qu'il falloit bel & bien Recourir aux arrêts. En vain ils les chercherent. Dans un coin où d’abord leurs agens les cacherent, Les Souris enfin les mangerent.

Autre procès nouveau: le peuple Souriquois En pâtit. Maint vieux Chat, fin, fubtil & narquois, Et d’ailleurs en voulant à toute cette race, Les guetta, les prit, fit main baffe.

Le maître du logis ne s’en trouva que mieux.

J'en reviens à mon dire. On ne voit fous les cieux Nul animal, nul être, aucune créature Qui n'ait fon oppofé : c’eft la loi de nature. D'en chercher la raifon, ce font foins füperflus. Dieu fit bien ce qu'il fit, & je n'en fçais pas plus. Ce que je fçais, c'eft qu'aux groffes paroles On en vient, dur un rien, plus des trois quarts du temps. Humains, il vous faudroit encore à foixante ans Renvoyer chez les Barbacoles.

(Fable cexx)

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