‹ Fables: composées pour l'éducation du Duc de BourgogneChapitre 25 sur 30 · L'ASSEMBLÉE DES ANIMAUX FOUK CHOISIR UN ROI · texte numérisé non relu

L'ASSEMBLÉE DES ANIMAUX FOUK CHOISIR UN ROI

^eIîod étant mort, tous les s

t dans soD antre pour coa- Ësoler la lionne, sa veuve, qui faisoit le- Utentir de ses cris les montagnes et les forêts. Après lui avoir fait leurs complîmens, ils commencèrent l'élection d'un roi : la couronne da défunt étoit au milieu de l'assemblée. Le lionceau étoil trop jeune et trop foible pour obtenir la rojauté sur tant de fiers animaux. < Laissez-moi croître, disoit-il, je s;aurai bien régner et me faire craindre à mon tour. En attendant je veux étudier l'histoire des belles actions de mon père, pour égaler un jour sa gloire. — Pour moi, dît le léopard, je prétends être couronné : car je ressemble plus au lion qne tous les autres prétendant). — Et moi, dit l'ours, je soutiens qu'on m'avoit fait une injustice, quand on me préfera le lion : je suis fort, courageux, carnacier, tout autant que lui ; et j'ai un avantage singulier, qui est de grimper sur les arbres. — Je vous laisse à juger, Messieurs, dit

l'éléphant, si quelqu'un peut me disputer la gloire d'être le plus grand, le plus fort et le plus grave de tous les animaux. — Je suis le plus noble et le plus beau, dit le cheval. — Et moi, le plus fin, dit le renard. =— Et moi, le plus léger à la course, dit le cerf. — Où trouverez- vous, dit le singe, un roi plus agréable et plus ingénieux que moi ? Je divertirai chaque jour mes sujets. Je ressemble même à l'homme, qui est le véritable roi de toute la nature. » Le perroquet alors harangua ainsi : c Puisque tu te vantes de ressembler à l'homme, je puis m'en vanter aussi. Tu ne lui ressembles que par ton laid visage et par quelques grimaces ridicules. Pour moi, je lui ressemble par la voix, qui est la marque de la raison et le plus bel ornement de l'homme. — Tais-toi, maudit causeur, lui répondit le singe : tu parles, mais non pas comme l'homme; tu dis toujours la même chose, sans entendre ce que tu dis. » L'assemblée se moqua de ces deux mauvais copistes de l'homme ; et on donna la couronne à l'éléphant, parce qu'il a la force et la sagesse, sans avoir ni la cruauté des bêtes furieuses, ni la sotte vanité de tant d'autres, qui veulent toujours paroître ce qu'elles ne sont pas.

FABLE XXI lb singe

t siage malia iuat mort, ton e descendit daoi Is tombre d^ le Plutoa,où elle demandai ;r parmi les vivans. Pluton vonloit la lenvo/er dans le corps d'ua Sae peiant et ttopide, pour lui 6ter » soupleise, » vivacité et M malice. Mais elle fit tant de tours plaisant et badins que l'iaflexible roi des enfers ne put s'empicher de rire, et lui laissa le choix d'une condi- (ioa; elle demanda k entrer dans le corps d'nn perroquet. ■ Au moins, disoit-elle, je conserverai par ]k quelque ressemblance avec tes hommes que j'ai si longtemi imiiis. Étant singe, je fiisots des gestes comme eux; et, étant perroquet, je paritni avec eux dans les plus agréables coBversUioat. • A peine famé du singe fut introduite dans c« noi^ veau métier qu'une vieille femme causeuse racket». Il fit set délices; elle le mit dans ne belle ctig*. Il faisoit bonne chère et diicouroit tonte la jooraéa avec la vieille radoteuse, qui ae partoit pas pfau Fabla dt Fiiuloit. i )

sensément que lui. Il joint à son nouveau talent d'étourdir tout le inonde je ne sçai quoi de son ancienne^ profession. Il remûoit sa tête ridiculement. Il faisoit craquer son bec ; il agitoit ses aîles de cent façons , et faisoit de ses pattes plusieurs tours, qui sentoient encore les grimaces de Fagotin. La vieille prenoit à toute heure ses lunettes pour l'admirer. Elle étoit bien fâchée d'être un peu sourde et perdre quelquefois des paroles de son perroquet, à qui elle trouvoit plus d'esprit qu'à personne. Ce perroquet gâté devint bavard, importun et fou. Il se tourmenta si fort dans sa cage, et but tant de vin avec la vieille, qu'il en mourut. Le voilà revenu devant Pluton, qui voulut cette fois le faire passer dans le corps d'un poisson pour le rendre muet ; mais il fît encore une farce devant le roi des Ombres; et les princes ne résistent gueres aux demandes des mauvais plaisans qui les flatent. Pluton accorda donc à celui-ci qu'il iroit dans le corps d'un homme; mais, comme le Dieu eut honte de l'envoyer dans le corps d'un homme sage et vertueux, il le destina au corps d'un harangueur ennuyeux et importun, qui mentoit^ qui se vantoit sans cesse, qui faisoit des gestes ridicules, qui se moquoit de tout le monde, qui interrompoit toutes les conversations les plus po* lies et les plus solides pour dire rien , ou les sot-^ tises les plus grçssieres^ Mercure, qui le reconnut

dans ce nouvel état, lui dit en riant : a Ho ! ho ! je te reconnois, tu n'es qu'un composé du singe et du perroquet, que j'ai vu autrefois. Qui t'ôteroit tes gestes et tes paroles apprises par cœur sans jugement ne laisseroit rien de toi. D'un joli singe et d'un bon perroquet, on n'en fait qu'un sot homme. Oh I combien d'hommes dans le monde, avec des gestes façonnés, un petit caquet et un air capable, n'ont ni sens ni conduite I »

Page 1