‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 81 sur 104 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

El toute faculté lui semble être ravie Dès qu'elle tremble pour sa vie. Sitôt qu'un ennemi parait la menacer, Qu'elle entend le vautour ou qu'elle voit passer Le tigre ou le chacal, qu'elle se croit surprise, D'une frayeur soudaine elle se trouve prise; On la voit s'agiter sous un soudain frisson, Ht la bète impuissante à protéger son être, Qui ne sait pas combattre cl qui sait se soumettre , S'en va cacher sa tête au fourré d'un buisson; Ne voit, n'entend plus rien , s'absorbe dans sa crainte Se dévoue au péril, se résigne à son sort, Laisse son corps en bulle à la première atteinte, Et, dans cette attitude, elle subit la mort.

Ainsi font de nos jours tels princes de la terre Qu'on dirait se complaire en leur aveuglement Du sol de leurs Etats un ferment délétère Est prêt à s'exhaler par quelque grand cratère,

Ils attendent tranquillement L'heure du grand péril, le suprême moment, S'en remettant au sort favorable ou contraire, Comme si, n'ayant pas le don de s'y soustraire ,

Ni la force de l'endurer, S'aveugler sur le mal c'était le conjurer

FABLE ONZIEME

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