‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 116 sur 271 · LIVRE IV. FABLE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV. FABLE XIII

Tout lapin qui paraît trouve un affreux trépas ; Les rivages du Styx sont bordés de leurs mânes 55 :

Dans le funeste jour de Cannes s8

On mit moins de Romains à bas 57 .

La nuit vient ; tant de sang n'a point éteint la rage Du seigneur, qui remet au lendemain matin

La fin de l'horrible carnage.

Pendant ce temps notre lapin, Tapi sous des roseaux auprès de la sarcelle,

Attendait, en tremblant, la mort, Mais conjurait sa sœur de fuir à l'autre bord

Pour ne pas mourir devant elle.

Je ne te quitte point, lui répondait l'oiseau; Nous séparer serait la mort la plus cruelle.

Ah ! si tu pouvais passer l'eau !

Pourquoi pas? Attends-moi... La sarcelle le quitte

Et revient traînant un vieux nid Laissé par des canards ; elle l'emplit bien vite De feuilles de roseau, les presse, les unit Des pieds, du bec, en forme un batelet capable

De supporter un lourd fardeau ;

Puis elle attache à ce vaisseau Un brin de jonc qui servira de câble.

Gela fait, et le bâtiment Mis à l'eau, le lapin entre tout doucement Dans le léger esquif, s'assied sur son derrière, Tandis que devant lui la sarcelle nageant Tire le brin de jonc, et s'en va dirigeant

Cette nef à son cœur si chère.

On aborde, on débarque; et jugez du plaisir !

Non loin du port on va choisir Un asile où, coulant des jours dignes d'envie,

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