LIVRE IV. FABLE XVII
Un jour, deux chauves dans un coin Virent briller certain morceau d'ivoire; Chacun d'eux veut l'avoir; dispute et coups de poing. Le vainqueur y perdit, comme vous pouvez croire, Le peu de cheveux gris qui lui restaient encor.
Un peigne était le beau trésor
Qu'il eut pour prix de sa victoire u .
Un angora, que sa maîtresse
Nourrissait de mets délicats,
Ne faisait plus la guerre aux rats ; Et les rats, connaissant sa bonté, sa paresse, Allaient, trottaient partout, et ne se gênaient pas. Un jour, dans un grenier retiré, solitaire, Où notre chat dormait après un bon festin,
Plusieurs rats viennent dans le grain
Prendre leur repas ordinaire.
L'angora ne bougeait. Alors mes étourdis Pensent qu'ils lui font peur ; l'orateur de la troupe
Parle des chats avec mépris.
On applaudit fort, on s'attroupe,
On le proclame général.
Grimpé sur un boisseau qui sert de tribunal Braves amis, dit-il, courons à la vengeance, De ce grain désormais nous devons être las,
Jurons de né manger désormais que des chats; On les dit excellents, nous en ferons bombance. A ces mots, partageant son belliqueux transport, Chaque nouveau guerrier sur l'angora s'élance,
Et réveille le chat qui dort.
Celui-ci, comme on croit, dans sa juste colère,
Couche bientôt sur la poussière
Général, tribuns et soldats.
Il ne s'échappa que deux rats Qui disaient, en fuyant bien vite en leur tanière :
11 ne faut point pousser à bout
"L'ennemi le plus débonnaire; On perd ce que l'on tient, quand on veut gagner tout.