‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 141 sur 271 · LIVRE Y. FABLE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE Y. FABLE XIV

A ce discours, la tourterelle,

En se moquant, s'éloigna d'elle.

Sans se revoir elles furent dix ans.

Après ce long espace, un beau jour de printemps, Dans la même forêt elles se rencontrèrent.

L'âge avait bien un peu dérangé leurs attraits ;

Longtemps elles se regardèrent Avant que de pouvoir se remettre leurs traits.

Enfin la fauvette polie S'avance la première : Eh ! bonjour, mon amie, Gomment vous portez-vous? Comment vont les amanls?

— Ah ! ne m'en parlez pas, ma chère :

J'ai tout perdu, plaisirs, amis, beaux ans :

Tout a passé comme une ombre légère. J'ai cru que le bonheur était d'aimer, de plaire... souvenir cruel ! ô regrets superflus !

J'aime encore, on ne m'aime plus.

J'ai moins perdu que vous, répondit la chanteuse: Cependant je suis vieille et je n'ai plus de voix; Hais j'aime la musique, et suis encore heureuse Lorsque le rossignol fait retentir ces bois.

La beauté, ce présent céleste, Ne peut, sans les talents, échapper à l'ennui:

La beauté passe, un talent reste ;

On en jouit même en autrui*

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