‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 193 sur 271 · A MONSIEUR GILLOT · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GILLOT

Gillot, mon frère en Apollon,

Car ce n'esl pas par fantaisie

Que la peinture avec la poésie

Fraternise au sacré vallon ;

Leur origine en effet est pareille;

L'une et l'autre est un don des cieux :

Ce que par les discours l'une peint à l'oreille. L'autre par les couleurs sait le conter aux yeux. Les animaux qui parlent dans mes fables,

Doivent agir dans tes tableaux.

Montre-les sous des traits naïfs et véritables ;

Que sous ta main, quadrupèdes, oiseaux.

Insectes, que tout prenne une âme.

Vole plutôt au ciel y dérober la flamme

Dont Prométhée * autrefois anima

Le corps humain que lui-même il forma.

Argumente par ton génie

Contre l'orgueil cartésien

Dont la logique aux animaux dénie

Crainte, désir et tout : je n'y souscris en rien. j

Je les fais raisonner ; et ton art, je m'en flatte, ,

M'empêchera de paraître menteur :

Tout animal par toi va dire au spectateur :

Qu'en pensez-vous? suis -je automate?

Les animaux, un jour, jouaient la comédie. j

Théâtre artistement formé de rameaux verts. :

Dans les entr'actes symphonie

D'oiseaux, de rossignols experts. <

Le plus beau cependant n'était pas l'harmonie.

Ce qui se faisait plus louer, '

C'était l'assortiment des rôles au génie

Des acteurs qui devaient jouer. I

Le lion fait le roi ; roi qu'il était lui-même, '

Doute-t-on que Sa Majesté, }

Ne soutint bien l'honneur du diadème?

Qu'il ne prît, comme il faut, le ton d'autorité?

Le taureau fait l'amant ; air noble, mine haute,

Et vive flamme dans les yeux ;

Passion ne lui faisait faute ;

entant ce qu'il disait, sentant même encor mieux.

Le chien prudent et plein de zèle,

1 II fut puni pour avoir animé l'homme du feu qu'il avait dérobé dar.sle ciel.

Était de l'amoureux le confident fidèle.

La génisse à la blanche peau,

Parée encor de sa jeunesse,

Faisait le rôle de princesse, Recevant fièrement les soupirs du taureau.

Le tigre pour régner ménageait une ligue ; D'un vrai conspirateur il avait le maintien :

Bref, afin qu'il n'y manquât rien,

Le renard conduisait l'intrigue.

Le beau spectacle que c'était Qu'un choix de tels acteurs, tous dans leur caractère Était-ce une action que l'on représentait ?

Non, c'était le vrai même ; on ne pouvait mieux faire ; C'était la bonne troupe : aussi Ton s'y portait. Mais, un singe un beau jour en levant les épaules :

0, dit-il, les pauvres acteurs!

Il gagea que lui seul il jouerait tous les rôles,

Et ravirait les spectateurs.

On vous le prend au mot ; il joue,

Contrefait tout en moins de rien ; Hais que servent ses sauts, sa grimace et sa moue ?

En faisant tout, il ne fait rien de bien.

Pour imiter le roi, sur ses pieds il se hausse, 11 fronce le sourcil, crie haut, fait l'emporté;

Et ne met qu'une grandeur fausse

En place de la majesté.

Il fait l'amant sans grâce et sans délicatesse ; Le confident sans zèle et sans discrétion ;

Met dans le rôle de princesse Force mines, faux airs, mainte affectation ; Dans le séditieux ne fait voir que bassesse, Ne mêle aucun courage avec l'ambition.

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