‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 201 sur 271 · LE VALET ET L'ECOLIER · texte numérisé non relu

LE VALET ET L'ECOLIER

Leur portent de la mort la menace terrible.

— Ah ! s'écrièrent-ils, le monde va finir.

Chacun déjà songe à sa conscience.

— Nous le méritons bien ; le ciel veut nous punir,

Dit un brochet : Perfide engeance,

Sans cesse ici nous nous mangeons ;

Moi, mes enfants; vous, les goujons;

Et les goujons quelque autre espèce.

Malheur aux plus petits : c'est le dîné des gros,

J'en dis ma coulpe, et le remords m'en presse ; Nous avons allumé les célestes carreaux.

Retire ta main vengeresse, Jupiter ; fais-nous grâce, et nous te promettons De n'être plus inhumains ni gloutons.

Le feu cessa pendant la repentance ; La peur s'évanouit, et l'appétit revint.

Chacun alors ne se souvint

Que d'aller chercher sa pitance.

Leur vœu d humanité souffrit bien du déchet.

Le brochet pénitent déjeuna d'un brochet.

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